The Revenant : Critique Le Titre Renaud J Besse

[Films et séries] The Revenant : La vengeance est un Léo qui se pèle le cul

Le mois dernier, Le Titre a envoyé son rédacteur cinéma à l’avant-première de The Revenant. C’est-à-dire, moi ! Bonjour, bonjour. Parlons donc de ce film ensemble. D’ailleurs non, y a que moi qui parle, alors asseyez-vous, sortez-vous une bière bien fraîche et c’est parti.

C’est quoi The Revenant, en termes de hype ? C’est le favori ultime aux Oscars dans les catégories meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure photographie, et meilleur acteur. C’est le film qui va probablement voir Leonardo DiCaprio obtenir son premier Oscar, ce qui est quelque chose d’énorme pour l’Internet. Pour lui ? Pas vraiment, mais bon, j’y reviendrai.

Regardez comme Lubezki (le directeur de la photo) joue avec les échelles ici, entre le vide et l’encombrement. Il ira loin ce petit. Quoi ? Il a déjà deux Oscars pour Gravity et Birdman ? Ah bon d’accord.

The Revenant, de quoi ça parle de ça s’agit comment où ?

Un trappeur nommé Hugh Glass guide une équipe à la recherche de fourrures dans l’Amérique sauvage. On est au tout début du 19ème siècle, et suite à une série de merdes incommensurables (mais méritées : laissez donc les Natifs tranquilles bandes de couilles, c’est pas chez vous ici), Hugh Glass est abandonné, laissé pour mort, et son fils est assassiné devant ses yeux. Le revenant, c’est lui, c’est DiCaprio ; après avoir été TOTALEMENT VIOLE par un PUTAIN D’OURS, Hugh Glass renaît et laisse le souffle de la haine emplir ses poumons et le faire traverser les terres pour assouvir sa vengeance.

La majeure partie du film consiste donc à suivre Glass/DiCaprio dans des épreuves absolument insoutenables : le froid, la solitude, l’absence de nourriture… à noter, un passage absolument merveilleux où DiCaprio recrée la scène du Tauntaun de l’Empire Contre Attaque et dort dans le bide d’un cheval. Ces moments sont entrecoupés de souvenirs filmés et introduits de manière très sensorielle, un peu à la Malick en fait ; on voit Hugh Glass avec sa femme, avec son fils, dans une forêt, devant les ruines d’une église… Le message est clair. Hugh Glass est un fantôme qui n’est plus capable de se raccrocher qu’au passé pour survivre.

Mais il pose quand même pour la caméra.

L’autre partie du film suit les autres personnages, ceux guidés par Hugh Glass au début. Notamment le capitaine de l’expédition, dépassé par les événements mais toujours droit, interprété par Domhall Gleeson, et bien entendu le seul acteur capable d’avoir une carrière sans jamais articuler : Tom Hardy. C’est ce dernier qui est à la source des désirs de vengeance de Hugh Glass, c’est un profiteur qui est prêt à sacrifier beaucoup pour obtenir de l’argent, tant que ce sacrifice implique plutôt les autres. Ce qui dans le contexte du film est tout de même assez compréhensible les gars ! C’est vrai quoi, au vu des conditions de départ, je trouve difficile de ne pas être dans le camp de Tom Hardy durant tout le début du film : ses désirs sont individualistes, mais logiques.

Interviennent aussi dans le film des natifs, et des Français (oui car le territoire a été acheté par les USA en même temps que la Louisiane en 1802 mais il reste quand même des types là-bas), ce qui promet tout un tas de péripéties lors du parcours de ce revenant.

« Gmrlrlbl » Intégralité des sons prononcés dans ce film par Tom Hardy.

Une expérience sensorielle

Du coup en tant qu’histoire, vous l’aurez compris c’est léger ; et c’est parce que tout le film repose sur une qualité d’immersion optimale. Vous n’êtes pas obligés de savoir cela, mais pour obtenir les visuels tels qu’ils le sont dans le film, Iñárritu (primé l’an dernier pour Birdman) a tourné avec lumières naturelles en pleine nature à la « magic hour », avec une caméra Alexa (comprenez : un truc de guedin), donc environ 1h par jour. Je vais faire bref mais le tournage a été catastrophique, les techniciens ont été malmenés, tout le monde a souffert, ça a été un gouffre financier… mais au final ça sert la promo, donc bravo  Iñárritu tu as été un putain d’enculé avec tes équipes, mais au moins tu nous fais pas une Kassovitz version Babylon A.D puisque ton produit fini est excellent.

Expérience élevée par les nombreuses séquences de rêve/souvenirs qui rythment le voyage de Hugh Glass

L’immersion donc passe par de longues prises acrobatiques qui nous projettent au cœur de l’action, par des gros plans qui nous montrent la souffrance de Leonardo DiCaprio jusqu’au moindre petit poil, par des plans d’ensemble époustouflants qui nous replacent la petitesse de l’homme fantôme face au monstrueux décor qu’il traverse, par le son aussi et la musique rare mais lancinante dans le bon sens du terme, et enfin bien évidemment par le jeu de DiCaprio, qui souffre et peine et endure et perdure. Hugh Glass entreprend un véritable chemin de croix qui véritablement s’apparente à une quête spirituelle – et vous verrez que la religion a une importance visuelle intrigante dans certaines séquences -, au détail près que dans The Revenant, point de chemin. Les sentiers ne sont pas battus, c’est Hugh Glass qui les abat avant d’abattre ses ennemis.

Va trouver un Starbucks dans le coin.

…Mais encore ?

Seulement voilà, un problème surgit devant mes yeux durant la projection, et il n’a cessé de se balader entre mes oreilles depuis. Certes, le film est ahurissant d’un point de vue technique, il est immensément immersif aussi… mais qu’a-t-il de plus ? Nous avons là un western qui s’apparente à un conte – la figure de Hugh Glass est très connu aux USA, sa vie romancée est très racontée autour des feux de camps de toute génération – et qui supposément en dit long sur l’Amérique et ses racines. Sauf que… bah j’ai rien vu de tout ça. Au delà de l’expérience éprouvante qu’est The Revenant, je ne trouve pas que ce soit une oeuvre qui ai particulièrement grand chose à raconter ; c’est comme si la montagne d’éléments intéressants à aborder avaient été sacrifié dans un but de spectacle. Est-ce une mauvaise chose ? Pas forcément ! Mais personnellement, cela m’a ici titillé.

Wesh, Léo. Du calme, j’ai le droit de dire que ça m’a titillé, pas de quoi en faire tout un fromage.

Qui plus est, je ne trouve pas que les visuels du film soit si irréprochables que cela ; au contraire je m’apprête justement à lui faire des reproches. En fait, je n’ai pas le sentiment que beaucoup des séquences soient motivées d’un point de vue dramatique au delà d’une volonté de paraître « impressionnant ». Qui plus est, il faudrait peut-être se calmer avec les abus d’objectifs à grand angle, franchement à force cela perd toute force quand on s’en sert à tort et à travers et ce durant deux heures quarante.

Du coup, je suis mitigé. Je conçois et accepte l’importance du film, et je ne renie en rien les impressions immédiates qu’il m’a infligé. Cependant, une part de moi ne peut s’empêcher d’être déçue qu’un film à spectacle sans grande substance remporte probablement les Oscars les plus prestigieux de la cérémonie. Notamment celui de Léo ! Qu’un acteur aussi incomparable que lui, qui fait partie de cette catégorie d’auteurs-acteurs dont je parle dans mon article sur Steve Jobs, soit récompensé pour sa performance ici… quand on pense à ce qu’il a fait avant, à The Departed, à The Aviator, à Shutter Island (cherchez le point commun entre ces trois films et vous gagnerez un poème), franchement moi, ça me fait bader. Voilà c’est dit.

Représentation de moi qui bade.

Un mot sur Léo et les Oscars

Et j’en reviens à cette histoire d’Oscars : il ne faut pas vraiment croire que DiCaprio en a quelque chose à battre de ce prix. Bien sûr, je ne le connais pas, je ne peux pas dire ça sans spéculer, mais je connais un peu le système et la politique qui l’entoure, et il apparaît évident que DiCaprio n’aime pas énormément la course aux prix. On peut résumer sa vie à trois choses : oeuvrer pour la protection de l’environnement, se taper tous les mannequins de la planète, et se construire une oeuvre cinématographique cohérente et totale. C’est vrai, vous n’allez pas voir DiCaprio dans des ptits sketchs à la con, ni dans des publicités, ni faire des caméos ici ou là… il a des obsessions, des personnages qui le fascine qui sont ceux qui symbolisent les fractures violentes du pays complexe que sont les Etats-Unis. The Revenant n’est que la suite logique d’un homme qui a représenté le rêve américain dans The Great Gatsby, le passé esclavagiste dans Django Unchained, la mégalomanie dictatoriale de Hoover dans J. Edgar, j’en passe et des meilleures…

Voilà donc où on pourrait voir matière à discuter avec The Revenant ; en observant le film comme une nouvelle pièce du puzzle unicolore que DiCaprio s’acharne à construire depuis une quinzaine d’années. Alors allez le voir !

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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