[Films & Series] Marguerite : La cause est juste, la voix est fausse | LE TITRE

[Films & Series] Marguerite : La cause est juste, la voix est fausse

Bon. Alors. Je pense que tout ceux qui ont vu le trailer de Marguerite ont eu envie de voir le film. Ou alors, ils sont pas nets. Pas nets, vous m’entendez ? Pas nets ! Le film s’inspire d’une histoire vraie et raconte comment une femme richissime voue sa vie entière au chant d’opéra. Elle est la mécène d’un cercle privé qui profite de son argent en lui faisant croire qu’elle est une très bonne chanteuse. Sauf que voilà, elle a beau être passionnée, posséder des milliers de partitions originales et des costumes et décors des plus grandes productions, elle chante plus faux que… j’ai rien pour la comparer. Plus faux qu’une craie mal aiguisée sur un tableau qui tente de faire des harmonies avec une girafe qui s’étrangle, le tout accompagné par une perdrix en train de cramer dans les flammes de l’enfer.

Donc, c’est drôle. Puis, cela se veut touchant, car nous découvrons Marguerite, son attachement à son mari, et toute une galerie de personnages : son mari donc, qui refuse de l’écouter et la trompe mais tient à elle et oui c’est un peu casse-gueule mais attendez je vais y venir, son majordome qui lui est entièrement dévoué et fait tout pour que le mensonge de sa voix subsiste, absolument tout, puis un jeune écrivain dépressif et son ami artiste anarchiste surréaliste et encore quelques autres inepties. Je ne vais pas passer par quatre chemins : ce film m’a d’abord extrêmement séduit, malgré certains défauts, avant de totalement s’effondrer durant sa deuxième heure. En réalité, je suis sorti du cinéma frustré plus qu’autre chose, parce que bordel de saloperie d’enculé de pute martienne (oui, martienne, c’est politiquement correct comme ça, par exclusion. Personne ne lit mes critiques sur Mars), une histoire aussi géniale ça s’exploite jusqu’à la moelle, ça ne s’abandonne pas à des facilités pareilles !

Le problème majeur du film à mon sens, c’est qu’il manque sans cesse des opportunités de faire d’une grande idée un grand film ; stylistiquement, tout est sombre et terne dans les palettes sans vraiment que l’on sache pourquoi et la direction d’acteur est extrêmement étrange. D’autant plus que les personnages sont brouillons ; et je ne veux pas dire complexe, ce qui serait une bonne chose, je veux dire brouillons c’est-à-dire qu’ils ont exactement tout ce qu’il faut pour être vivants et intéressants et contradictoires comme le sont des êtres humains, mais là non, ils ne sont pas assez. Le pire exemple étant donc le mari, qui à aucun moment du film avant la fin ne semble être dévoué sincèrement à sa femme, et qui le devient finalement comme si de rien n’était. Sans parler de la révélation totalement inattendue – car imprévisible, car débile, oui je suis violent je l’ai dit – sur les véritables intentions artistiques du majordome, avec ses photos sur l’histoire de Marguerite la grande chanteuse d’opéra.

L’idée derrière le film est grandiose et certains moments donnent à voir le fantôme, l’ombre d’un chef d’oeuvre comme cette scène d’art avant-gardiste autour de La Marseillaise, expédiée bien trop vite et sans rythme et sans prise de dimension cathartique – ouais j’utilise aussi ce genre de gros mots tu peux pas test ma race -. En réalité, j’aurais aimé voir cette histoire interprétée librement par Lubitsch, qui en aurait fait une femme forte et incroyable dans ses fausses notes, pas une dame brisée qui pourrait abandonner la musique pour l’amour de son mari, ou encore par Bill Wilder qui aurait pu en faire un monstre inspirant de la pitié à la Sunset Boulevard (le serviteur de Marguerite ressemblant énormément à celui de Norma d’ailleurs ; les fleurs des admirateurs, c’est forcément une référence). Ou, mieux ! Marguerite par Mankiewicz, où les dialogues seraient sublimes et les personnages secondaires resplendissant de désespoirs et d’humour, tandis que la légèreté flirterait avec le drame sans cesse. Mais non, tout ça n’est pas, et d’ailleurs Stephen Frears prépare lui-même une adaptation de cette histoire avec Meryl Streep (j’annonce ici qu’elle sera nominée aux Oscars, obligé), mais même si j’adore son travail son approche cinématographique est à l’opposé de ce qui pourrait rendre cette fabuleuse histoire absolument dantesque.

Non, si je suis tout à fait honnête, ma véritable frustration, c’est celle de ne pas avoir moi réalisé ce film. Et je sais qu’amateur que je suis, jamais je n’aurai pu faire un aussi bon travail que celui du réalisateur de Marguerite, mais même comme cela, le film m’a laissé entrevoir une oeuvre qui me correspondrait parfaitement, d’où ma frustration d’artiste du bas de l’échelle.

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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