[Films & Series] 21 Nuits avec Pattie : Luxure, Calme et Volupté. | LE TITRE

[Films & Series] 21 Nuits avec Pattie : Luxure, Calme et Volupté.

Vous connaissez les blagues sur les films français ? Celles qui disent que c’est chiant, qu’il ne s’y passe rien et que cela ne parle que de sexe ? Je les déteste. Je n’ai qu’une envie, c’est de leur botter les fesses avec un lance-roquettes nucléaire. Principalement parce qu’elles laissent penser que la qualité d’un film est dépendante de son nombre de péripéties et de l’échelle de ces péripéties ; ce qui suppose un degré zéro de capacité de concentration et place Transformers au dessus d’œuvres comme Il Etait une Fois dans l’Ouest. Ouais, faut pas déconner avec mémé dans les orties les gars.

Soyez pas surpris par ma manière d’utiliser la langue française les cocos…

Mais passons car dans 21 Nuits avec Pattie, il se passe un tas de trucs. Tout un tas de trucs même, et là impossible pour moi de démentir, cela ne parle que de sexe. Et de mort. Puis des deux ensemble évidemment, car voilà bien le tandem le plus célèbre du pays avec Astérix et Obélix. Le film raconte comment une femme nommée Caroline se rend dans un village aussi paumé qu’un serpent en cours de claquettes pour l’enterrement de sa mère, dont elle ne fut jamais proche. Là-bas, elle fait la rencontre d’une poignée d’étranges autochtones, à commencer et finir par Pattie (Karin Viard), qui ne semble capable de ne parler de sexe uniquement pour aller s’envoyer en l’air. Le film commence sur un semblant de faux-pas ; on a du mal à voir où on veut en venir. Tous les acteurs installent leur jeu dans un décalage qui leur donne l’air de toujours tout raconter, ça fait bizarre, c’est pas naturel… Puis le mystique s’installe et la fondation curieuse et déstabilisante prend tout son sens. C’est lorsque le corps de la défunte mère disparaît que tout s’emballe: le village coupé du monde, la source de l’autre côté devient lieu de redécouverte, de peurs et de fantastique, mais aussi des fantastiques plaisirs du corps.

T’aurais pas une boite aux lettres mademoiselle ?

Et c’est là le cœur du film ; alors que nous adoptons le regard neuf de Caroline qui doit se réinventer dans un milieu qui défie sa propre estime, nous ne pouvons que constater que nous ne faisons que parler de vêtements. Ou plus précisément de vêtements retirés ; impossible de compter toutes les scènes où les jupes et pantalons tombent. Le vêtement semble être fait pour être dévêtu. La parole franche de Pattie, celle des ouvriers qui accueillent l’héroine totalement à oualpé, celle du commissaire tout aussi à oualpé bordel qui lui parle de nécrophilie, et celle des autres lui imposent et nous imposent un questionnement sur notre pudeur. Pas vis à vis des autres, mais concernant notre personne propre. A ce titre, la symbolique y va avec main vivante et bien lourde, et le rapport à l’eau comme un retour à la pureté est omniprésent, de la rivière à la piscine à l’orage sublime et macabre.

Ta mère n’est pas vitrière !

Vous l’aurez compris, 21 Nuits avec Pattie est un film totalement dingue, et je n’en ai à peine effleuré la pellicule ; c’  est que sous ses airs de film de campagne, il se mue très vite en exploration fantasmagorique, transporté par une bande son rock totalement hors de place – donc parfaite quoi – et toujours avec une forme de bienveillance envers ses personnages. On n’est pas là pour juger, même les nécrophiles. Et puis il y a cet entre-deux permanent, qui nous navigue au gré des envies sur des vérités douteuses… André Dussolier, magistral, est-il Le Clézio dans cette histoire ? Les fantômes peuvent-ils danser le tango ? Beaucoup de questions vont et viennent il est vrai, mais jamais sans plus que nous effleurer effontément, de quoi nous laisser nos sens et sentiments languis mais mis en éveil. Bref, pas la peine d’épiloguer – ce qui est par une extraordinaire coïncidence exactement ce que tous les spectateurs du dernier Hunger Games ont pensé -, le film est une tuerie et à ne pas rater, ça ressemble à un mélange entre Twin Peaks et P’tit Quinquin, et voilà.

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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