[Films & Séries] LA SCIENCE DERRIÈRE « THE MARTIAN » (SEUL SUR MARS) | LE TITRE

[Films & Séries] LA SCIENCE DERRIÈRE « THE MARTIAN » (SEUL SUR MARS)

J’innove un peu cette fois-ci, j’annonce donc une chronique en deux parties. Après avoir exposé mon point de vue comme je le fais si bien (et m’envoyer des fleurs, avec une petite carte flatteuse), je vais profiter du sujet du film pour appeler à l’aide une personne extrêmement talentueuse, le yin à mon yang de littéraire cinéaste : et oui, un scientifique. Mais ne mettons pas le cargo avant les propulseurs et commençons par la critique.

Un an après que Christopher Nolan a abandonné Matt Damon sur une planète tandis que Jessica Chastain tente de sauver les meubles, Ridley Scott décide de le renvoyer, sur Mars cette fois, et Jessica Chastain est encore de la partie. Et si la comparaison est limitée en terme de scénarios, elle n’en est pourtant pas qu’amusante : elle témoigne d’un intérêt nouveau, ou retrouvé, pour la hard science fiction, c’est-à-dire la SF qui n’a pas peur de nous parler de science.

Le succès au Box office américain de Seul sur Mars (quel titre affreux. Comment perdre toute la nuance et l’élégance d’un titre original – The Martian – en Une leçon. Et pourquoi ? Quel est le problème avec Le Martien ? Vous aviez peur que les spectateurs s’attendent à ce que Matt Damon rencontre un extraterrestre? C’est lui l’extraterrestre et c’est monstrueusement évident mais ok prenez-nous encore pour des cons !) est encourageant : le film, qui raconte comment un homme coincé sur Mars tente d’améliorer ses chances de survie en utilisant ses connaissances scientifiques, et comment la NASA tente de le ramener sain et sauf, ne prend pas de raccourcis faciles. Il se plonge dans le jargon, la fasp (fiction à substrat professionnel), et agrémente le tout d’une sacré dose d’humour : le scénariste qui a adapté le bouquin a déjà prouvé par le passé qu’il en avait sous le capot puisqu’il est le scénariste de nombreux épisodes de Buffy, créateur de La Cabane dans les Bois et de la série Netflix Daredevil. Le cast est délicieux (outre Matt Damon, Michael Peña est gigantesque, ainsi que Jeff Daniels, Kristen Wiig, Sean Bean… et même Donald Glover, Troy de Community devenu génie d’astrodynamique, y a du beau monde), et le film aussi. Un divertissement tout public avec un tel sujet, chapeau bas Ridley Scott.

Le film est une danse entre l’astronaute abandonné et le reste du monde, et les séquence sur Mars s’alternent donc avec les séquences à la NASA. Suivre un seul homme pendant le plus gros du film, c’est un peu le défi que se lance Ridley Scott puisque cela pourrait très vite devenir lassant. Mais au final, non pas du tout, et j’irai même jusqu’à dire que les scènes sur Mars sont meilleures que celles sur Terre. Déjà parce que visuellement, on est quand même sur la planète rouge et donc ça dépote, même si Ridley Scott laisse peu de temps au spectateur pour contempler les lieux, là n’est pas le sujet. C’est aussi là une des originalités du film, il ne va ni dans sa musique ni dans son utilisation des plans larges suggérer un romantisme de la science. Pour avoir une idée de ce que je veux dire par là, pensez à Un Homme d’Exception (A Beautiful Mind) par exemple, le film sur John Nash, pensez à des œuvres qui vont poétiser un domaine (Et oui, on peut même poétiser la poésie, dans Le Cercle des Poètes Disparus): ici rien de tout ça, le montage et le cadrage sont formels dans tous les sens du terme. Comme presque toujours, Ridley Scott va droit au but et le fait avec une aisance qui serait déconcertante s’il n’avait pas cette expérience et ce bagage qu’on lui connait.

Mais demandons son avis au chapeau d’un autre rédacteur du site Le Titre ! Maxime Delorme est physicien et informaticien selon moi, expert en calcul scientifique selon lui. Mais surtout, il est passionné de SF, et accessoirement l’homme de ma vie. J’ai donc décidé de le laisser pirater cette chronique et lui poser quelques questions sur le film de Ridley Scott et son rapport à la science. Attention du coup, il y aura des spoilers mineurs sur certaines parties du film, donc arrêtez-vous ici si vous n’avez pas vu le film ! Puis revenez. Coucou ! C’est vous ? Vous avez bien changé depuis la dernière fois ! Allez on y va.

Alors Maxime, qu’est-ce que tu as pensé du nouveau film de Ridley Scott, toi qui est à la fois féru de science et de science fiction ?
J’ai adoré! Je crois que je suis de manière générale super bon public pour ce qui est des films de hard-SF. Malgré leurs défauts d’ailleurs.
Tu serais donc d’accord pour placer ce film dans la catégorie de la « hard science fiction » au même titre que d’autres œuvres comme Primer, ou Armageddon ?
C’est marrant je n’aurais pas placé Primer ou Armageddon dans la catégorie hard-SF. Pour moi la hard-SF est très pointilleuse sur les détails scientifiques justement ou du moins montre ces détails et explique la démarche. Dans Primer par exemple, on ne sait rien du tout de la machine a voyager dans le temps, on voit juste ses auteurs la créer puis l’utiliser. De manière plus générale ce sont des films pour lesquels la démarche scientifique est au cœur du scénario. Moon et Contact sont de bons exemples !
Armageddon c’était pour la blague, pour Primer je comprends ton argument. Mais dans ce cas, qu’est-ce qui ferait de The Martian de la hard science ? Quand on a parlé, tu me l’as décrit comme « MacGyver dans l’espace », est-ce que ce serait lié à ça ?
Je ne suis pas certain qu’il y ait une limite très claire entre ce qui appartient a la hard-SF et ce qui « s’en approche ». Mais oui effectivement c’est ce coté Macgyver qui donne à The Martian son côté hard-SF. C’est par exemple le fait qu’il s’appuie sur des missions martiennes qui ont existées (Pathfinder), le fait que les missions Arès et le MAV reprennent des idées étudiées au Jet Propulsion Laboratory. Un autre bon exemple de hard-SF : le moment où il fabrique de l’eau à partir de carburant. La réaction chimique n’est pas inventée, elle peut être effectivement reproduite en laboratoire et permettre de condenser de l’eau.
Justement j’allais y venir ; cultiver des patates sur Mars comme il le fait, ce serait donc possible ?
Ça dépend de ton interlocuteur. Il y a beaucoup de débats sur cette question. Francis Rocard, l’un des grands experts français de Mars rapportait dans Sciences et Avenir que les relevés des sondes Viking indiquent que sol martien est trop oxydant pour pouvoir cultiver des pommes de terre. Cette oxydation tuerait toute bactérie de l’engrais et donc faire pousser des pommes de terre dans ces circonstances serait extrêmement compliqué.
C’est en tout cas ce genre de démarches, en plus de la qualité de la narration et de l’humour du héros (je suppose qu’il s’en sert pour ne pas devenir fou, comme mécanisme d’auto-défense), qui à mes yeux rendent le film séduisant. Un autre exemple, c’est le passage où pour pouvoir communiquer avec la caméra rotative, il passe par la création d’un alphabet. Qu’est-ce qui toi te séduit dans un tel film ?
J’aime le fait que la survie du héros dépende en partie de son ingéniosité, qu’il n’ait que les moyens du bord pour se débrouiller. J’aime aussi les parallèles qu’on peut faire avec ce qu’on connait. Le sauvetage d’Apollo 13 a fonctionné de la même manière : Une équipe d’ingénieurs ultra compétents au sol pour aider les mecs dans leur coquille de noix à survivre. J’aime l’alternance entre l’humour et les réflexions intéressantes du protagoniste. Le passage sur les eaux territoriales est assez fendard mais pose effectivement une question intéressante sur le statut juridique de la planète. Idem pour le moment où il raconte qu’il est le premier a marcher sur cette dune, ou cette colline. Le côté plutôt réaliste de l’histoire donne cette impression qu’une telle situation pourrait nous arriver, ça fait aussi se poser des questions sur soi : Est-ce que je serais capable de me débrouiller dans une telle situation ? C’est quelque chose que je trouve très attrayant pour un film.
C’est vrai, au final il s’agit de survie la plus basique, simplement les paramètres sont plus qu’inhabituels. D’ailleurs, je n’ai pas compris comment l’oxygène se renouvelle dans son habitacle dans le film ? J’en profite pour poser une autre question, parce que c’est toujours marrant : as-tu remarqué des absurdités ou incohérences dans le film, comme on en voit toujours ?
Il y a beaucoup de points qui sont débattus au sujet du film. Celui qui m’a fait tiquer c’est (le plus contesté je pense) le moment ou il répare la serre avec une bâche en plastique. Maintenant je me souviens être tombé dans le piège pour Interstellar et avoir trouvé certains choses complètement incohérentes, pour finalement réaliser en lisant le bouquin de Kip Thorne que certaines n’étaient pas si invraisemblables que ça. Par exemple, je me demande dans quelle mesure il est possible de contrôler sa trajectoire dans l’espace une fois la combinaison percée. Je me demande combien de jours on peut survivre en se promenant en rover avec une source radioactive forte à côté de soi pour se chauffer. Ou encore combien de temps je peux manger des patates avant de présenter de grosses carences … Toutes ces questions sont complètement accessoires a un film (même si la démarche hard-sf voudrait qu’on cherche à tendre vers le plus réaliste possible, sans omettre aucun détail), mais on ne peut s’empêcher de se les poser, souvent avec un petit air dubitatif, en se disant « En vrai il n’aurait jamais survécu ». La beauté du film cependant c’est que ces questions sont suffisamment floues pour qu’on puisse y croire et s’identifier un peu au personnage.
Je me suis aussi posé la question pour les carences effectivement ! Très bien dit sur le résultat final cependant. Personnellement, les deux seuls points qui m’ont agacé sont le personnage de Donald Glover, l’expert en astrodynamique totalement geek, et le moment où Michael Peña dit à Kate Mara « in English please », qui est toujours mon cliché le plus détesté de la SF. Avant de te laisser tranquille, est-ce que tu voudrais conseiller à nos lecteurs d’autres oeuvres de hard SF, cinéma ou littéraire ? Je crois savoir qu’il y a un bouquin que tu ne pourrais pas te passer de mentionner…
J’en parle a chaque fois mais c’est évidemment un chef d’oeuvre et mon bouquin préféré de science fiction :Rendez-vous avec Rama, et de manière générale toute l’oeuvre d’Arthur Clarke est empreinte de ce réalisme scientifique qui donne vraiment de l’intérêt a ses histoires. Rendez-vous avec Rama et 2001 l’Odyssee de l’Espace sont pour moi les deux piliers incontournables de la Hard-science. Après ça on peut aller taper du cote de Greg Egan et de James Watts … Pour ce qui est du cinéma, et bien les deux films que j’ai mentionné précédemment : Moon et Contact sont de bons exemples !
Merci Max ! Ce fut un plaisir. Je terminerai par une réflexion purement cinéma sur le film : même si ici le projet est extrêmement grand public, j’aurais apprécié un film qui exploite la nature dualiste du tout. Pour faire plus clair que ce charabia, j’aurais voulu voir deux films sortir : The Martian, et Nasa. Dans un film, on n’aurait que les scènes de Matt Damon, dans l’autre, uniquement les scènes des autres personnages. Ainsi, l’expérience serait plus interactive et encore plus immersive à mon sens. Qu’en pensez-vous mes ptits chous ?
Un peu comme Lettres d’Iwo Jima et Mémoires de nos Pères … Mais je pense que le côté NASA serait tellement chiant !
Chuuut Max je demande aux lecteurs, pas à toi, retourne dans ta cachette !
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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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