[Films & Séries] Le Pont des Espions : I really really really really like you, même si t’es un espion soviétique | LE TITRE

[Films & Séries] Le Pont des Espions : I really really really really like you, même si t’es un espion soviétique

Parce que si Steven Spielberg et Tom Hanks décident de faire un film où le personnage principal est un héros exemplaire ET travaille pour une compagnie d’assurance, ils le feront fichtre de doudidiou.

Il n’y a pas beaucoup de réalisateurs que l’on attend plus que Spielberg, alors quand un nouveau film sort c’est toujours une petite fête chez les cinéphiles comme moi. Et là je vais être très honnête avec vous, j’adore Spielberg, j’ai fait mon Master sur lui, je ne me présente pas du tout à vous comme impartial. Non, d’ailleurs je ne me présente même pas à vous, on se connait maintenant, on se fait la bise et tout ! Mais passons. Donc, Spielberg revient avec un film d’espionnage que l’on pourrait segmenter en deux œuvres assez distinctes. C’est tout d’abord l’histoire d’un homme, Tom Hanks, notre papa à tous, qui est chargé de représenter un espion russe, juste histoire de dire qu’il aura eu un procès équitable. Sauf que voilà, Tom Hanks n’en à rien à secouer des apparences, pour lui ce qu’il compte c’est la loi, et il se doit donc de défendre son client comme il se doit, même si c’est un ennemi. C’est au procureur de prouver qu’il est coupable, un point c’est tout.

Cela, c’est la première partie du film, et celle qui résonne le plus avec ce que nous vivons aujourd’hui ; ainsi nous voyons Tom Hanks affronter les notions manichéennes de gentil et de méchant, face à une population qui n’a que faire de telles subtilités. Ainsi, avec une forme de classicisme qui n’appartient désormais qu’à Spielberg (bah oui, ça fait longtemps que John Ford est mort et puis de toute manière le style de Steven est bien plus virtuose), le film lie la guerre froide avec le comportement actuel de nos sociétés en guerre avec le terrorisme, et notamment la position catégorique et irréfléchie de l’Amérique meurtrie durant ces quinze dernières années. Pour faire face à tout cela, Spielberg installe Tom Hanks dans une position de héros là aussi extrêmement classique, extrêmement familière, et qui sera sublimée dans son attachement à l’espion russe. Franchement, je brûle d’envie de faire un montage vidéo de la bromance entre l’espion et son avocat sur I Really Like You de Carly Rae Jepsen…

La deuxième partie du film, qui prend place très largement à Berlin au moment où le mur s’installe – ce qui donne droit à quelques séquences visuellement très fortes mais qui n’auront finalement que peu d’impact sur le reste -, permet à Spielberg d’explorer le monde de l’espionnage dans ce qu’il a de plus absurde. Et c’est là que l’on comprend pourquoi les frères Coen OUI PUTAIN LES FRERES COEN ont été engagés pour réécrire le script du film : ils apportent une touche d’humour kafkaïen délicieuse en démantelant tout le mythos pour montrer les espions pour ce qu’ils sont vraiment : des adultes qui font les enfants. On passe ainsi d’un traitement très sérieux et classique à la Robert Redford de l’espionnage dans la première séquence du film (presque entièrement muette et très virtuose, un régal), à une approche beaucoup plus décomplexé qui n’hésite pas à montrer les gamineries du milieu. Et c’est là une particularité qui rend ce film précieux à mes yeux : il s’agit de situations improbables de malchance et d’absurdité divine comme dans un film des frères Coen, sauf qu’ici le héros est très Spielberg. Ce qui veut dire qu’il est tout sauf un raté, c’est un homme brave et droit qui ne reculera devant rien, et le voir se confronter aux rouages abscons de la machineries de la guerre froide est absolument délicieux.

Et pourtant malgré tout cela ce sont bien les vingt dernières minutes qui feront couler le plus d’encre. Enfin, personnellement j’écris sur un clavier et je ne vais pas verser d’encre dessus ce serait stupide, mais bon, certains peuvent encore écrire à la plume hein. La fin du film frappe d’abord par la qualité visuelle et émotionnelle de sa séquence du pont (qui donne son nom au titre), durant laquelle Thomas Newmann (et oui, pas de John Williams, ça fait bizarre hein ! Il était trop fatigué pour faire ça et Star Wars en plus le ptit chou) s’en donne à cœur joie et fais péter les cymbales et les cors pour accompagner son piano et ses violons : un final, en somme, habituel chez Spielberg. Chez lui, on finit souvent en apothéose. Et chez lui, et c’est un sujet qui fâche certains critiques, on finit toujours par un happy ending. Malgré les péripéties, les drames souvent, il y a ce besoin permanent de terminer sur une touche d’espoir, ce qui pour certains est assez malhonnête. A mon sens, ça ne l’est pas et c’est un élément important à étudier de sa filmographie si l’on veut comprendre son statut d’auteur ; car selon les œuvres, ce happy ending n’aura pas toujours la même aura, et le cas du Pont des Espions est peut-être un des plus intéressants de sa carrière.

Conclusion spoilers : en effet, lorsque Tom Hanks revient au pays et est considéré par tous comme un héros, alors que jusque là il était détesté pour avoir oser représenter un espion russe, ce n’est pas parce que le pays a grandi et a compris qu’en faisant cela, il ne faisait que représenter l’idéologie que promouvait les Etats-Unis dans cette guerre de conceptions du monde. Non, il est soudain adulé et révéré parce qu’il a ramené un agent américain, il a sauvé un représentant du pays, et c’est ça être un bon patriote. Ce happy ending a donc un goût particulièrement amer, et même s’il n’apparaît qu’en deuxième lecture, après l’obsession compulsive du réalisateur pour les réparations finales, il me semble évident que Spielberg en a pleine conscience.

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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