The Hateful Eight - Tarantino se Mord la Queue | LE-TITRE.FR

[Films & Séries] Les Huit Salopards : Tarantino se mord la queue

Tarantino, pour beaucoup, c’est un des grands maîtres du cinéma. Et dans ce beaucoup, il y a moi ! Alors bien sûr comme tous les autres, j’ai été d’abord enchanté en entendant parler de son nouveau projet, puis horrifié quand son script a été salement publié et partagé partout sur Internet, puis triste quand il annoncé que du coup il ne ferait pas ce film. Puis, j’ai été comme les autres soulagé en apprenant qu’il allait le faire quand même.

Le cinéma façon badass mother fucker : 70mm Ultra Panavision

Et par faire, j’entends nous en mettre plein les mirettes ! Je ne peux pas parler de The Hateful Eight sans parler du format dans lequel il a été tourné, ni sans parler de l’expérience que Tarantino a voulu créer. Donc ! Son huitième film (si l’on compte Kill Bill en un seul volet comme il le fait lui) se passe dans le Wyoming peu après la Guerre de Sécession, et il suit des chasseurs de prime qui font une escale avec leurs prises dans un petit établissement. On est en plein blizzard, les personnages sont coincés ensemble et on ne peut pas vraiment leur faire confiance… après tout en français ce sont bien les huit salopards ! On y trouve notamment un chasseur de prime joué par Samuel L. Jackson qui aurait massacré tout un tas de blancs confédérés et yankees lors de la guerre, un ancien colonel sudiste (ouais déjà ça pourrit l’ambiance), un mexicain pianiste assez mystérieux, une criminelle assez foldingue… bref des personnages de Tarantino quoi, on connaît la chanson maintenant. Et donc, pour filmer tout ça, le Quentin des quantiques a décidé d’utiliser un format 70mm Ultra Panavision !

…Quoi ? Vous n’êtes pas impressionnés ? Vous… vous n’en avez rien à battre des œufs en neige ? Oui, en fait je vous comprends, vous n’êtes pas obligés de savoir ce que c’est déjà, c’est bien normal, et vous avez également le droit de n’en avoir rien à cirer. Mais laissez-moi au moins vous expliquer : en gros, c’est une pellicule beaucoup plus grande que celle qu’on utilise en analogique, le 35mm. Genre, quatre fois plus grande. Donc au final l’image a une définition bien plus précise, bien plus claire, qui ressemble à celle que les très bonnes caméras numériques peuvent produire, mais avec une définition au niveau des couleurs bien plus riche et un scintillement assez amusant sur l’image. C’est la troisième fois en quatre ans que j’ai la chance de pouvoir assister à une telle projection, et je n’ai jamais réellement jamais vu quelque chose d’aussi beau à l’écran. J’ai passé les trois heures à m’émerveiller sur le moindre détail chatoyant de la pellicule projetée face à moi. Je conçois que c’est un plaisir purement technique et esthétique, mais rien que pour cela, je dois dire que le film m’a beaucoup plu. En plus de cela, la version 70mm comportait huit minutes en plus, une ouverture musicale à l’ancienne, et un entracte, ce qui apporte énormément à l’oeuvre, mais j’y reviendrai.

Une déception partielle ?

Bon, par contre… le reste, franchement, c’est un sacré échec. C’est surprenant, mais c’est un peu la première fois que Tarantino déçoit à peu près tout le monde. Les critiques et le public, qui ont plutôt tendance à lui lécher les bottes à l’accoutumée, l’ont allumé bien comme il faut façon sapin de Noël survolté. Et à mon avis, il y a de quoi ! Le film est très probablement trop long. J’avoue avoir apprécié sa lenteur et ses longues discussions dans la neige et dans la diligence pendant la première heure du film, mais j’ai bien compris aux réactions des gens autour de moi que j’étais bien le seul dans ce cas… Mais surtout, la conclusion sanglante, qui tente de transformer un western en film d’horreur, ressemble à une parodie de Tarantino. A trop vouloir s’appuyer sur ses qualités propres, Quentin est revenu à ses origines, au côté théâtral de Reservoir Dogs, mais sans fraîcheur et avec puanteur et putréfaction ; donc en d’autres termes il se mort la queue. Ce final totalement surjoué et excentrique ressemble à tous ces suiveurs de son cinéma, qui n’en reprennent que la vulgarité sans le talent, et c’est un peu ce dans quoi il est tombé.

Mais des qualités indéniables !

Attention, cela reste malgré tout Tarantino. Pour moi, malgré cette conclusion catastrophique, le film reste vraiment très bon. C’est simplement que je ne m’attends pas à ça avec Tarantino, je m’attends à bien mieux. C’est pareil que pour Inception, contre lequel j’ai une dent très pointue : ce n’est pas un mauvais film, il est même très bien, mais il a des imperfections que je ne veux pas voir chez quelqu’un d’aussi génial que Nolan. Il y a donc dans The Hateful Eight des éléments qui m’ont bien calmé la face : l’image en 70mm déjà, mais je ne vais pas y revenir encore une fois. J’ai également adoré le chapitre « flashback » du film, qui utilise la notion de suspense hitchockien à merveille, et enfin la scène de la ballade à la guitare est absolument renversante. Mais surtout, le fait de voir la version spéciale m’a convaincu que ce film ne pouvait pas réellement marcher dans son format cinéma normal… parce que l’entracte apporte énormément. Cela peut paraître stupide, mais le moment où il est situé dans le film apporte une respiration pour le moins étouffante, et ainsi elle fonctionne comme partie intégrante de l’oeuvre. Et je sais que dire tout cela ne vous apportera pas grand chose puisqu’une seule salle en France ne diffuse le film de la sorte, et ce que pour deux semaines, mais voilà : le film en 70mm est à mon avis extrêmement supérieur à sa version normale.

Voilà donc le huitième film de Tarantino, et s’il n’est pas une déception totale, il en est une qui s’installe qui elle, est immense : le réalisateur excentrique a prévu de s’arrêter après dix films et laisser ainsi une filmographie parfaite, libre de toutes les erreurs de vieillesse qu’on a pu voir chez d’autres. L’idée est magnifique, mais malheureusement c’est trop tard : la tâche au sein de sa filmographie, elle est déjà là… snif.

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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