N.W.A Straight Outta Compton Critique Hagiographie Renaud Besse

[Films & Series] N.W.A Straight Outta Compton : Hagiographie en dents de scie

Quand je suis arrivé devant le cinéma essoufflé, de peur de rater les dernières séances de 14h, il ne me restait qu’un film de ma liste de la semaine que je pouvais voir : le gros carton de l’été aux USA, la véritable histoire du groupe de rap qui a littéralement inventé le rap moderne. Et, alors que j’étais là tout transpirant et hors de souffle, une bande  de journaliste me demande pourquoi je vais voir ce film. Je suis incapable de leur donner une réponse satisfaisante, j’allais le voir parce qu’il avait fait beaucoup de bruit et je voulais voir ce qu’il en est, rien de plus… mais pire encore à la sortie, les journalistes (d’une chaîne que je ne mentionnerai pas) sont de retour et me demandent (c’était M6. Des journalistes de M6. J’ai menti.) si le film était bien ou mauvais. Là encore, je suis incapable de les aider, parce que mes sentiments sont bien trop mitigés. Et puis qu’est-ce que c’est que ces conneries, un film est soit bien soit pas bien ? Non, un film peut être beau, chiant, long, précis, stupide, intéressant, sale, dérangeant, inspirant, et tout ça en même temps bordel de fiente de mouton qui est tellement énervé qu’il en lâche des fientes !

N.W.A est donc un film profondément fascinant, mais qui m’a extrêmement dérangé. Car s’il est vendu comme la véritable histoire derrière ce groupe légendaire, et si une partie du film est extrêmement réaliste – toute la partie sur les ghettos noirs et les abus de la police, qui sont plus d’actualité que jamais maintenant – une autre mérite de poser des questions. Le problème majeur, c’est que le film évoque un nombre de sujet totalement hallucinant, mais qu’il tente au lieu de restituer la complexité de la réalité de tout simplifier en lui imposant une narration extrêmement classique, avec des gentils et des méchants. Mais la vie n’est pas comme ça, et je ne vois pas comment ne pas prendre en compte le fait que Dr Dre et Ice Cube soient producteurs du film. Ce sont littéralement les seuls personnages à ne pas être des gros cons dans le film… osez me dire que c’est une coïncidence. Ce qui créé un sentiment assez dérangeant, notamment quand on voit qu’une grande partie de la vie de Dr Dre est évoquée sans jamais arriver à l’écran, histoire de cacher ses nombreuses histoires de femmes et d’enfants.

Par ailleurs, le film n’hésite pas une seconde à faire des bonhommes des héros pour le spectateur, ce qui me dérange tout autant, car au milieu du film, dans la scène qui montre le sommet de la carrière comme on le voit souvent dans ce genre, on peut voir un paquet de choses répréhensibles. Je ne vais passer par quatre chemins, mais le symbole du succès dans ce milieu c’est d’avoir un paquet de nanas canons qui te tournent autour et veulent te baisser le pantalon. Ce qui veut dire que, comme dans les clips vidéos des années 90, on a des meufs à poil partout qui sont traités de la même manière que l’on traite une commode quoi. Enfin, si vous êtes le genre de personne à foutre une commode à la porte dans un hôtel en ne lui rendant ni ses vêtements ni son sac, et que vous êtes le genre de personne qui vêtit ses commodes. Bref je m’égare : je sais que cette partie est une représentation réaliste du milieu, mais dans ce cas faire de ces personnages des héros et associer des femmes-objets à leurs récompenses me dérange énormément. Ce n’est pas juste montrer le réel, ce qui est ce que je préfère, ce n’est pas dénoncer, ce dont je ne suis pas très fan non plus, c’est recréer finalement le schéma de ces fameux clips vidéos qui impressionnent les adolescents et leurs donnent envie de devenir des rappeurs gangsters qui se baladent avec des fusils à pompe et des poupées gonflables qui parlent. Moi, ça, ça me dérange.

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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