CRITIQUE | Network de Sidney Lumet : 40 ans avant Black Mirror [LE-TITRE]

[Films & Séries] Network : 40 ans d’avance sur Black Mirror

Il est fort probable que beaucoup d’entre vous ont regardé la série britannique Black Mirror. Pourquoi ? Ben, tout d’abord parce que tout le monde regarde des séries et en consomment plusieurs paquets par jour, que ce soit la version électronique ou la version classique à la télévision, mais surtout parce que vous, lecteurs, avez du goût ! Bah oui, vous lisez Le Titre, déjà. Donc, il est probable que vous ayez vu cette superbe série d’anthologie (qui ne veut pas dire culte par ailleurs, petit cours de français, et culte ne veut pas non plus dire classique, deuxième petit cours de français), qui nous présente les dangers de nos rapports à la technologie en les accentuant façon science fiction. Black Mirror, c’est le reflet de nos constantes sociales les plus noires, et c’est de là que vient son titre.

Les juges de la Nouvelle Star sauce Black Mirror

Le meilleur épisode de la série pour beaucoup de critiques, l’épisode 2 de la saison 1, raconte comment dans une société obsédée par la consommation de contenu et l’envie de devenir une star, un homme réussit à apparaître devant tous les téléspectateurs et menace de se donner la mort pour condamner le système. C’est renversant, c’est affreux, bouleversant… et c’est aussi le scénario d’un film sorti en 1976.

Moi dans cinquante ans.

Là je sonne comme le mec qui avait tout vu venir à l’avance, et on dirait que je vous juge un peu pour ne pas connaître ce classique qui a remporté 4 oscars il y a quarante ans dont celui du meilleur script, film qui est considéré comme un des meilleurs du réalisateur Sidney Lumet, lui-même considéré comme un des meilleurs réalisateurs américains point. Sauf que non, je ne vous juge pas, j’ai vu le film la semaine dernière ! Il vient d’être ajouté sur Netflix France et adorant Lumet, je me suis lancé.

Le plateau télé du grand gourou

Donc, je résume Network : un présentateur télé se plaint que la vie n’a aucun sens et annonce qu’il va se donner la mort, en direct live. La chaîne fait un pic d’audience et décide de le laisser se plaindre de la vie à l’écran et faire le mort à la fin de chaque émission. Littéralement, il termine en s’effondrant comme frappé par la foudre… Cela sonne totalement fou pas vrai ? Quarante ans avant Black Mirror, Sidney Lumet avait déjà raconté cette histoire, et avec déjà une conscience terriblement juste de l’évolution de nos rapports aux médias.

La « mort » cinq fois par semaine.

Vous n’allez pas rire devant Network. Vous n’allez pas sourire, vous allez avoir envie de vomir, parce que c’est trop vrai et que ça fait bien trop mal. Ce film, c’est comme si un éléphant vous donnait un coup de pied aux couilles juste après vous avoir spoilé la nouvelle saison de Game of Thrones. Mais ce serait bête de s’arrêter au fait qu’un film vieux comme ta mère comprenne si bien les fissures de notre société actuelle, sans parler du fait qu’il est également putain d’excellent.

Tu le sens l'amour là ou bien ??

Cela passe par les personnages, en partie, notamment par celui de Faye Dunaway. L’actrice superstar joue la directrice des programmes de divertissement et c’est elle qui obtient cette émission de prophète hurlant à la lune pour la chaîne. Sa spécialité, c’est prendre des vrais problèmes et en faire des histoires télévisées, des feuilletons qui captiveront les spectateurs… et son rapport aux histoires s’étend à sa vie personnelle. On la voit ainsi débuter une histoire romantique avec le producteur de la chaîne, qui lui découvre petit à petit l’inhumanité si particulière de son amante… leur dernière scène ensemble est assurément une des meilleures scènes que j’ai jamais vu, point.

Coucou j'aime bien être intense

Cela passe enfin par une mise en scène totalement époustouflante, qui n’a pas peur de faire du film un véritable drame selon une définition donnée par Lumet lui-même dans son livre Making Movies : un drame, c’est une histoire où la fin tragique nous surprend alors que tout pointait dans cette direction. Par ailleurs, puisque c’est un film de cinéma qui s’attaque à la télévision, et à la mise en scène, Lumet se permet de critiquer directement son art en y allant de manière un peu pompière sur certaines séquences (la scène du patron de la chaîne dans la salle de réunion aux rideaux fermés, bordel de dieu), puisqu’au final, il a bien conscience que son oeuvre est elle-même un contresens exemplaire de nos rapports au réel, et aux médias.

Et en vous disant les mots suivants, j’en suis moi-même entièrement conscient : Network est disponible sur Netflix, alors allez le voir. Pouce vert.

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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