[FILMS & SERIES] Pourquoi Assassin’s Creed pourrait changer l’image du jeu vidéo à Hollywood | LE TITRE

[FILMS & SERIES] Pourquoi Assassin’s Creed pourrait changer l’image du jeu vidéo à Hollywood

Commençons par une question: Citez-moi une bonne adaptation cinématographique d’un jeu-vidéo. Allez ! Tomb Raider ? Mouai. Silent Hill ? A la limite, pourquoi pas. Hitman ? Laissez moi rire ! Non, définitivement, adapter une œuvre vidéo ludique pour le grand écran est un exercice perilleux. Et pourtant, on a retrouvé l’espoir perdu. L’espoir de voir une bonne licence du jeu vidéo bien portée au cinéma. Cette licence, c’est Assassin’s Creed, la poule aux œufs d’or de l’éditeur Français Ubisoft. Et pourquoi cette adaptation s’annonce bien ? Parce que ce n’est pas une adaptation justement ! Je vais vous expliquer ici pourquoi il est si difficile de ne pas se foirer quand il s’agit de porter un jeu à l’écran, mais aussi et surtout, pourquoi cet Assassin’s Creed est plein bonnes intentions et pourrait faire figure d’exemple à suivre pour ces deux industries qui n’ont jamais trop su se comprendre.

affiche promotionnelle du film assassin's creed

 

Adapter un jeu en film : pourquoi c’est si difficile ?

Comme je le disais dans ma petite introduction, les bons portages au grand écran d’œuvres vidéo-ludiques sont rares. Les raisons ? Spéculons un peu. On peut penser tout d’abord que le jeu vidéo n’est pas bien vu et ni compris par Hollywood. C’est une grosse manne financière et une fanbase déjà bien établie et facile à toucher, celle de nerds qui aiment qu’on leur rappelle ce qu’ils sont. Comprenez par là que le seul intérêt de ces adaptation est de parler aux joueurs en leur montrant ce  qu’ils veulent. Mais voilà plusieurs décennies que le joueur n’est plus dupe. Et que les adaptations de jeux ne touchent en plus pas le grand public, tout simplement parce que ça ne lui parle pas et ce n’est pas fait pour lui parler. Parce que oui, le cinéma et le jeu vidéo, ce sont deux langages distincts. Leurs codes et leurs manières de dérouler une histoire différent. Les histoires écrites pour le jeu vidéo répondent à des nécessités liées au gameplay et sont indissociables du contexte dans lequel elles sont racontées. Autrement dit, une histoire pour le jeu vidéo est faite en grande partie pour être « experiencée ». L’interactivité conditionne le scénario.

Et même quand des jeux très « cinématographiques » sont adapté en film, comme Silent Hill par Chris Gans, réalisateur amoureux du matériau d’origine, on se retrouve avec un film qui respecte trop les codes du jeu (aller chercher tel objet pour avancer, aller dans tel endroit pour découvrir tel objet pour avancer etc…) et on remarque que c’est une recette qui marche très mal sur grand écran. A l’inverse, quand on veut faire d’un jeu un film qui plaise au grand public, on se retrouve avec un Hitman, jeu d’infiltration par excellence, adapté façon Michael Bay avec des explosions. Et on perd le sens premier de l’œuvre. Je vous passe les éternels « l’histoire du jeu n’est pas respectée à la lettre ». Critique qui revient souvent aussi pour les adaptations d’œuvres littéraires. Encore une fois, un jeu vidéo déroule une histoire qui peut s’étendre sur une centaine d’heures. Donc, non, il est définitivement impossible d’adapter un jeu « au mot près », cette fois à cause du format cinématographique. Je vous renvoie à la chaîne absolument géniale de Karim Debbache qui vous expliquera, au fil des épisodes de son émission Crossed, la difficulté de faire une bonne adaptation.

5 raisons pour lesquelles Assassins Creed pourrait changer l’image du jeu vidéo à Hollywood

Michael fassbender dans son costume d'assassin

1/ Parce que ce n’est pas une adaptation

Assassin’s Creed le film parlera de Callum Lynch, joué par Fassbender, revivant, grace à l’Animus, la vie d’un de ses ancêtres, Aguilar, un assassin opérant dans l’Espagne du XVème siècle pendant l’Inquisition. La particularité ? Hormis l’Animus, le concept de revivre la vie d’un ancêtre et le nom de l’Assassin se rapportant à l’aigle (Comme Al-Taïr, Ezio ou Arno), le reste est original et n’est pas tiré du jeu. Inédit MAIS inclus dans la timeline créée par le jeu. Car oui, le film n’est pas une adaptation mais une « extension » de l’univers, dont les événements se dérouleront en parallèle de ceux du jeu. De la même façon que la littérature étend l’univers de Star Wars, le cinéma étendra celui de l’oeuvre vidéo-ludique d’Ubisoft. Si cela n’est pas une preuve de maturité. De plus, avoir un héros et une histoire inédite permettra de se séparer des carcans imposés par le jeu et ses limites, et de ne respecter que les codes cinématographiques, sans se soucier de ceux du jeu. Comme je le disais, le scenario dans un jeu est souvent indissociable de la manière dont on en fait l’expérience. Ici, aucune limite donc. On ne pourra pas non plus reprocher au film de ne pas respecter le scénario du jeu puisqu’il part de zéro, tout en étant contenu dans l’univers du jeu. C’est donc une manière de faire très intelligente qui assure à Ubisoft de ne pas se faire basher sur une quelconque « non fidélité », puisqu’ils arrivent avec un récit neuf, comme s’ils sortaient un nouveau jeu. C’est très bien pensé, ça respecte le joueur et le spectateur. Magnifique tour de force de la part des Français d’imposer cela.

2/ Du cross média au programme

Autre avantage de cet univers étendu: Ubisoft a confirmé que l’histoire du film aura des répercutions sur l’histoire en cours du jeu, et inversement. Autrement dit, on croisera surement Michael Fassbender dans nos prochaines pérégrination dans la mouture 2016 de la licence. Et les joueurs verront sûrement des références à leurs personnages favoris dans le film. Et de ce fait, on évite le fan service abusif, puisque les éléments rappelant le jeu ne sortiront pas de nulle part dans le seul but de rappeler au spectateur ses heures de jeu, quand ce qu’il veut c’est profiter d’une œuvre à part. L’univers étant commun, si des éléments du jeu viennent à nous être montré, c’est purement dans un but scénaristique, et cela paraîtra logique et cohérent, pas excessif. Cette façon de penser le cinéma comme un complément et pas comme un simple moyen d’adapter son propos est révolutionnaire et osé. Et prouve que le jeu vidéo saute dans l’âge adulte, soignant au passage son image auprès du grand public. Cette fois, c’est du sérieux. En encore une fois, bravo Ubisoft.

3/ Un casting excitant

L’affiche du film se pare de jolis noms: Michael Fassbender et Marion Cotillard en tête. Dirigé par Justin Kurzel, qui a réalisé la très attendue adaptation de McBeth de Shakespeare qui sortira cette année (avec à l’affiche… Michael Fassbender et Marion Cotillard !). On a appris aussi que Denis Menochet sera l’autre petite touche Française. Le Monsieur LaPadite d’Inglorious Basterds sera le bad guy de l’histoire. Cette avalanche de moyens, humains et financiers, devant comme derrière la caméra, montre qu’Hollywood prend enfin très au sérieux un projet d’adaptation d’oeuvre vidéo-ludique.

4/ Le producteur et le réalisateur sont étrangers au monde du jeu vidéo

Grosse polémique il y a quelques mois quand Michael Fassbender, producteur et acteur principal du film annonce n’avoir jamais joué à Assassin’s Creed ! Inconcevable ? Non ! TANT MIEUX ! Ni Justin Kurzel, ni Michael Fassbender n’a joué des heures et des heures à Assassin’s Creed et n’ont rien à voir avec l’industrie vidéo ludique. Et pourquoi c’est une bonne chose ? Parce qu’ils penseront le film pour le cinéma, et non pour plaire aux joueurs. Ça évitera le fan service inutile et le propos sera porté par une volonté de plaire aux cinéphiles, pas pour contenter une « niche de nerds ». De même, les auteurs du films ont écrit l’Exodus de Ridley Scott et le MacBeth de Kurzel. Donc niveau fresque « historique » et épique, on a de quoi s’attendre à être servi. Merci.

5/ Ubisoft veille au grain

Ubisoft produit le film, suit son bébé, ne le laisse pas trop s’éloigner et sait mettre son veto quand Hollywood veut prendre des libertés. Et la première photo de Fassbender en assassin montre un costume fait en collaboration avec les équipes artistiques d’Ubisoft, crédible, fidèle et unanimement encensé. Et c’est grâce à cette façon de protéger sa poule aux œufs d’or qu’Ubisoft a pu imposer sa vision et faire plier Hollywood. Chose incroyable et qui explique maintenant la longue et douloureuse gestation du projet, qui a mit plusieurs années à se concrétiser.

 

Donc pour toutes ces raisons, je pense que l’on peut partir confiant pour cet Assassin’s Creed prévu pour décembre 2016 et qui a commencé son tournage cette semaine. Le principal avantage, vous l’aurez compris, c’est que c’est un film, pensé comme un film et pas comme un jeu. Le film pourrait être bon car il n’est pas une adaptation. Et cette idée d’utiliser un film à gros budget pour en faire un élément d’univers étendu est une première dont il faut se réjouir et se féliciter. Encore une fois, bravo à Ubisoft. On compte maintenant sur Hollywood pour changer de regard sur le jeu vidéo, sur ce qu’il raconte, et enfin montrer du respect pour son public. Un peu comme ils ont pu changer de regard sur les comics ces dernières années.  Un projet assurément à suivre (comme le film Warcraft qui sortira à l’été 2016), car il pourrait, selon son succès ou son échec, décider de l’avenir du jeu vidéo au cinéma. Sait-on jamais, ces deux là finiront peut être un jour par se comprendre et s’aimer…

Michael Fassbender assassins creed

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Mewtecia
Rédacteur
23 ans. Étudiant en Master à Lille 3. Bossant beaucoup trop pour devenir game designer. Né avec une manette entre les mains, il a accumulé plus d'heures de jeu dans sa vie que d'heures de sommeil.

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