CRITIQUE | Steve Jobs : The social network Pt 2| LE-TITRE.FR

[Films & Séries] Steve Jobs : The Social Network Part. 2

Il suffit de regarder les premières secondes de Steve Jobs pour faire une liste plutôt sympa de raisons pour regarder le film.

1. La première personne à parler dans le film, c’est Arthur C. Clarke. Et l’auteur de science-fiction explique le futur (notre présent) à un enfant, dans le plus grand des calme, en passant pour un vieux sénile délirant. Sauf que non. Papy Clarke avait raison bande de gnous.

2. Le nom du réalisateur apparaît : Danny Boyle, respecté pour Sunshine, adoré pour Trainspotting, primé pour Slumdog Millionaire

3. Le nom du scénariste apparaît : Aaron Sorkin, respecté pour The Newsroom, adoré pour The Social Network, primé pour The West Wing.

4. Quelques noms d’acteurs apparaissent : le respecté Michael Fassbender, l’adoré Seth Rogen, la primée Kate Winslet.

Le film n’a même pas commencé depuis une minute, mais vous êtes déjà certain d’être devant une petite bombe atomique.

Le Magneto de l’informatique c’est lui !

De quoi ça parle ?

Steve Jobs raconte l’aventure d’un petit dinosaure qui a perdu sa maman et qui cherche la grande vallée. Quoi, vous ne me croyez pas ? Ah ouais. La confiance hein. Je retiens. Oui, bon, d’accord, là on est dans l’évidence même, c’est clair, le film parle de Steve Jobs voilà.

Sauf que personnellement, j’en ai rien à cuber de ce mec ! Je n’ai pas vu l’autre film sur lui avec Ashton Kutcher, je n’ai jamais été un fan de son travail, et juste, voilà, je m’en fiche ! Pourtant j’attendais ce film depuis 2012. Depuis quatre ans, parce qu’Aaron Sorkin a annoncé qu’il écrivait un script qui ne serait pas un biopic comme les autres. Et honnêtement, je n’aime vraiment pas les biopic.

Mon moi et mon surmoi qui débatte sur l’intérêt des biopics

Le concept : un film de 2h coupé en trois actes. Chaque moment se passe quelques minutes avant le lancement d’un produit important dans la carrière de Steve Jobs : 1984 pour le Macintosh, 1988 pour l’espèce de cube dont tout le monde se branle, et 1998 pour l’iMac. C’est une structure extrêmement théâtrale qui permet à Sorkin de faire intervenir tous les personnages importants autour de Jobs sur une période de quatorze ans ; son assistante (Kate Winslet), Steve Wozniak qui a tout lancé avec lui (Seth Rogen), le CEO d’Apple (Jeff Daniels), sa fille…

Le but n’est pas d’être réaliste, il est évident que les événements se sont déroulés différemment dans la vraie vie, mais la vraie vie on l’encule avec un Ipad les gars, ici on fait du cinéma. Sorkin joue avec cela à un moment d’ailleurs, puisqu’il fait dire à Steve Jobs un truc du genre « mais pourquoi est-ce qu’à chaque fois que je lance un produit tout le monde vient me voir avec leurs problèmes existentiels?? ». Ce n’est pas du cinéma vérité, c’est une construction qui tente de recréer quelque chose de véritable à travers un sentiment général, pas à travers le factuel et le ponctuel.

C’est beau ce que tu dis mon gars.

Bon, vous me direz, très bien Renaud, mais pourquoi est-ce qu’il faut voir ce film, et pourquoi es-tu obsédé par les pingouins ?

Deux auteurs pour le prix d’un

Très rapide cours de cinéma : la notion d’auteur au cinéma a été inventé par les journalistes et cinéastes des Cahiers du Cinéma et de la Nouvelle Vague dans les années 60. Elle signifie d’abord que le réalisateur est, malgré le travail des autres sur son oeuvre, l’auteur à part entière de l’oeuvre, mais elle signifie surtout qu’un auteur est quelqu’un dont on reconnaît et juge l’oeuvre dans son intégralité. Cela veut dire que lorsque l’on va voir un Scorsese, un Jane Campion, un Leo Carax, un Nolan, il convient de ne pas s’attarder sur la qualité du film en tant qu’objet unique, mais en tant que morceau d’un tout plus conséquent.

Seth Rogen a l’air perplexe, je pense qu’on va reprendre.

Deuxième cours de cinéma super rapide : les critiques et cinéastes se sont très vites rendus compte que l’auteur d’un film n’est pas toujours le réalisateur, et certains (rares) qui n’occupent pas ce rôle peuvent être jugé de la même manière. Dans les acteurs, les plus flagrants à ce jour sont Tom Cruise et Leonardo Di Caprio, qui sont de véritables cinéaste et dont l’oeuvre globale peut être analysée (et est analysée) par les critiques et les chercheurs. On peut associer certains producteurs à cela, comme Judd Appatow, et enfin, certains scénaristes, comme Aaron Sorkin.

Du coup, Steve Jobs est doublement intéressant parce qu’il associe un des scénaristes les plus uniques en son genre (c’est-à-dire totalement obsessionnel) avec un des réalisateurs les plus identifiables du milieu Hollywood. Voyons donc maintenant ce que chacun apporte au film.

Deux chefs d’orchestre pour orchestrer un chef.

Aaron Sorkin, l’obsession du Verbe et du Monstre

Cela peut paraître futile, mais la qualité principale d’un script signé Sorkin, c’est la quantité de mots par réplique. Un scénario typé hollywood est censé avoir un quota une page = une minute de film environ. Et bah je vous garantis que ses scénarios ne rentrent pas dans cette norme… Oui, le Sorkin est bavard, c’est même le plus bavard de tous et on le reconnait véritablement à ça. On le reconnaît ensuite à travers ses différentes séries et films par la richesse technique et intellectuelle de la langue qui vient couronner le gâteau de sa cerise ; dans Steve Jobs, c’est du jargon informatique qui, entre autres, est déblatéré façon formule 1. Cela veut dire que les personnages ont toujours l’air super intelligent et plein d’esprit, et c’est ainsi que Sorkin s’est créé un petit univers qui n’a rien de réaliste : personne ne parle comme ça dans la vraie vie à part quelques génies (big up Taubira), et c’est totalement jouissif.

Fun fact : le style Steve Jobs, que l’on reconnaît sur cette image, n’est apparu que plusieurs années après les événements du film. C’est donc un choix de mise en scène intéressant qui permet de rapprocher l’image du personnage qu’en a le public à sa représentation filmique.

Bien sûr, là n’est pas sa seule marotte, loin de là. Une qui revient régulièrement et que l’on retrouve ici, c’est l’obsession pour les coulisses. Dans Steve Jobs, dans The West Wing, dans Sport Nights et dans The Newsroom, il aime montrer non pas ce que nous voyons en tant que spectateur (l’émission de télé, la conférence, l’adresse officielle…), mais ce que nous ne pouvons qu’imaginer.

Mais la plus marquante si l’on s’en tient à ces dernières années, c’est la représentation du monstre moderne. C’est-à-dire du géant, de l’empereur de nos années. Et oui, au final Marck Zuckerberg et Steve Jobs, ce sont nos Titus, nos Dom Juan, nos misanthropes ! Dès lors que l’on prend cela en compte, on peut voir The Social Network et Steve Jobs comme un diptyque de portraits qui peuvent être interprétés comme un tout qui dépasse leur somme. Dans les deux cas, on s’interroge sur la position d’un homme mégalomane et dans les rapports entre sa vie privée et sa personnalité, et ses accomplissements face au monde. Dans les deux cas, on oppose le héros à son second qui devient un triste ennemi (Wozniak et Eduardo). Dans les deux cas, on pose le problème du géant face à ses complexes, et on s’interroge sur les messies contemporains.

Bim, superbe photographie dans ta gueule.

Danny Boyle, l’obsession pop culture

Et si je mets en relation The Social Network de David Fincher avec Steve Jobs, ça n’est pas uniquement justifié par mon argumentation ; c’est que Fincher devait réaliser ce dernier aussi. Quand il s’est désisté, c’est Danny Boyle qui a débarqué et c’est… la chose la plus LOGIQUE DU MONDE.

Parce que durant toutes les années 90, Fincher et Boye sont deux pendants d’un cinéma ; le premier devient pop culture, le second en parle. Trainspotting et Fightclub, Alien 3 et Sunshine, Panic Room et 28 Days Laterleur cinéma a longtemps ressemblé à une conversation entre deux génies aux idéaux assez fous pour les rassembler, mais toujours trop divergents pour se permettre de les comparer. Mais ce qui est sûr, c’est que les deux ont toujours été obsédés par les avancées technologiques dans leur manière de travailler. Danny Boyle est un des premiers à populariser le digital pour tourner, Fincher à utiliser tous les avantages des effets numériques pour perfectionner une image sans que le spectateur se doute de quoi que ce soit.

Evolution du style vestimentaire en trois formats.

Si Fincher est le froid manipulateur qui infuence la pop culture, Boyle est celui qui l’exploite et la nourrit d’un commentaire en phylactère. Par ses bande-sons totalement frappées rock ‘n roll (pas forcément parce que les morceaux le sont tous mais parce que sa totalité dans son agencement a un côté punk), par sa virtuosité des cadres et ses montages frénétiques, Boyle représente sans cesse la culture du nouveau millénaire, celle du patchwork.

Détail de mise en scène : à ce moment du film Jobs n’est pas encore en position de force face à son CEO : il a le verre de vin, mais pas la bouteille. Cela va changer…

Pourquoi Steve Jobs alors ? Et bien quoi de plus rock ‘n roll qu’un génie chef d’orchestre (cf. l’acte 2 du film, qui de sa musique à sa mise en scène montre comment Steve « joue l’orchestre » qui s’ébat et se débat devant lui) de la technologie, qui s’est construit une figure mythique autour de ses accomplissements technologiques ? Une figure de la rebellion face à son père symbolique interprété par Jeff Daniels, dont les interventions ponctuent le rythme des trois actes en points d’orgues, face à tous ceux qui ne le comprennent pas, quoi de plus rock, de plus jeune ?

Enfin, difficile de ne pas imaginer une fascination évidente pour la figure de Steve Jobs quand on est réalisateur. Steve Jobs ne sait pas coder, il ne sait pas vendre, il ne sait pas désigner. Il dit aux gens de faire les choses comme il le veut, et il en retire tout le crédit. Oui… très clairement, Steve Jobs est un réalisateur en vérité. L’électron libre au sein d’un système complexe ; il n’écrit pas, il ne joue pas, il n’éclaire pas, il vend pas, mais il dirige. Et clairement, à cela, c’est un maître, contesté et incontestable.

Et hop, déjà les choses ont bien changé. Qui a le pouvoir maintenant ?

Quant à mon obsession pour les pingouins, il faudra qu’on en reparle une autre fois !

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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