[FILMS & SERIES] The Walk : Le plus Futile de tous les arts | LE TITRE

[FILMS & SERIES] The Walk : Le plus Futile de tous les arts

Attention, on pourrait croire qu’avec un titre pareil je suis extrêmement critique du nouveau film de Robert Zemeckis, mais pas du tout ; ce serait penser que l’art mériterait autre chose qu’être futile. Au contraire, l’art doit être méritant pour atteindre au stade de futilité, et c’est là qu’il en est le plus beau.

Retour en arrière : Robert Zemeckis, que nous avons célébré la semaine dernière puisque nous étions le 21 octobre 2015, et qui est un des rares artistes à avoir eu un impact global sur la culture occidentale de manière protéiforme (Retour Vers le Futur + Roger Rabbit + Forrest Gump quand même, le gros bâtard, rien qu’un seul parmi les trois serait déjà abusé), a recommencé les long métrage live en 2012, après 12 ans d’absence. Ce retour s’appelait Flight, et cela commençait par une séquence de crash d’avion totalement hallucinante, riche de l’expertise que le réalisateur venait d’obtenir après un paquet de films réalisé en animation 3D et motion capture. Cette fois, il décide de faire exactement l’inverse et de construire un film non pas sur les conséquences d’un spectacle, mais sur sa préparation. C’est-à-dire que l’intégralité du film sert à mettre place ses quarante cinq dernières minutes, qui je l’annonce d’entrée sont jouissives de la première à la dernière seconde.

The Walk, c’est l’histoire totalement véritable (mais bon ça en vrai qu’est-ce qu’on s’en balance la rougeole des chèvres) de Philippe Petit, un ptit – haha – mec bien de chez nous qui a un jour décidé de tendre un fil entre les deux tours du World Trade Center, et d’y marcher. Et dis comme ça, cela peut paraître totalement con, et c’est parce qu’en réalité, c’est totalement con ! Mais c’est là aussi tout l’intérêt, et j’y reviendrai. J’annonce ici mon plan en deux parties : 1. Pourquoi c’est con et donc génial ? Et 2. Pourquoi le World Trade Center et pourquoi ce film maintenant ?

Mais avant je dis deux trois autres trucs. Le film est un film de braquage, sauf que là les héros ne vont pas voler d’argent. Ils forment une équipe qui va juste aider un type à faire un truc casse-cou, littéralement, parce que s’il tombe il se casse le cou. Enfin vu la hauteur on devrait plutôt dire un truc « je deviens de la purée », mais bon, la langue française n’était pas préparée à quelque chose d’aussi incroyablement stupide. Donc, Philippe Petit est joué par un bon vieux français de chez nous, j’ai nommé Joseph Gordon Levitt. Oui, qui n’est pas français du tout, d’accord, mais on s’en fout. Déjà parce qu’il parle super bien français, qu’il le parle pendant le film et que si j’avais l’appareil génital pour j’aurais mouillé, mais ensuite parce qu’il joue super bien et que jouer un funambule, c’est quelque chose d’extrêmement personnel pour lui. Car si Joseph a grandi du côté des caméras, il a aussi vu son frère grandir et disparaître dans le monde du cirque, et ce monde très clairement lui tient à cœur. Donc The Walk raconte la vie de Philippe Petit, ou plutôt Petit nous raconte sa vie directement, ce qui il est vrai pourra agacer ceux qui comme moi ne sont pas hyper fan de la narration directe au cinéma. Tout est construit pour amener ce petit artiste de rue vers son but ultime, en l’année 1974.

 

Pourquoi c’est con et donc génial ?

Maintenant, il faut que je réussisse à expliquer pourquoi c’est brillant. Déjà, il n’y a aucun suspense puisque Philippe Petit est là pour nous raconter l’histoire, qui elle-même est assez connue en tant que telle. Et pourtant… quand Petit et sa bande commencent à se lancer dans leur expédition, leur braquage, il se passe un truc. Tout au fond de l’estomac, qui remonte petit à petit, côte par côte, le long de la trachée. Et puis, on se met à jubiler. Parce que cela a beau être l’entreprise la plus insensée au monde, c’est aussi tellement dingue, incroyable, épatant, que l’on se met à y croire. On finit réellement par comprendre pourquoi ; c’est justement la futilité d’un tel acte qui en fait une véritable oeuvre d’art. Et quand Petit est sur le fil, et qu’il défit le monde entier, la logique, la raison, les policiers qui lui font face et lui demandent de descendre, il accomplit un acte unique. Jamais personne ne l’aura fait avant lui, et personne après ; il aura apporté quelque chose qui ne pourra exister qu’une seule fois. Donc en plus d’être futile, c’est éphémère. Il n’y a rien de plus vivant que cette marche, et il n’y a que peu de choses plus belles. Et alors, peut-on se dire, le simple acte de retranscrire dans un langage cinématique cette marche, c’est une manière de la sublimer ? Oui, mais par là-même de proposer quelque chose d’encore plus futile : l’expérience totalement virtuelle par les mouvements et l’intelligence de l’utilisation du silence là où il est le bienvenue, et la 3D d’une reconstitution d’un acte vécu. C’est l’Inception de la futilité, et c’est tellement beau que j’en ai chialé des larmes de joie. Cet acte sublime vaut bien les scènes nunuches et extrêmement naïves que l’on peut voir avant dans le film, scènes qui d’ailleurs sont elles-mêmes un témoignage de la naïveté même du personnage de Philippe Petit : il faut être le roi des naïfs pour se prendre pour Icare de la sorte, et qui plus est ne pas se brûler les ailes.

 

Pourquoi le World Trade Center et pourquoi ce film maintenant ?

L’autre succès de The Walk, et je terminerai ici, c’est donc bien la représentation du World Trade Center – et là je vous redirige vers le dossier du mois de Septembre de Premiere sur le sujet – car non seulement elle est intéressante, mais surtout elle est ! Et oui, parce que les deux tours sont le plus grand tabou du cinéma américain depuis leur disparition (ah ce spot télé pour Spider-Man où il s’accrochait entre les deux, faisant directement référence à Philippe Petit…), presque personne n’ose s’y attaquer ou leur faire honneur en quoi que ce soit. Mais ici, ce sont les véritables reines du long métrage ; et si cela marche si bien, c’est grâce au romantisme que leur apporte Philippe Petit. Lui n’a jamais vu ces tours comme un symbole de la puissance économique et toutes ces choses qui ont faites qu’elles ont servi de cible aux attaques terroriste, non, ils les a vu comme un accomplissement exceptionnel de l’homme, et un appel à hurler la vie du haut d’un fil. Ainsi, en les filmant avec autant d’amour, Zemeckis rappelle à tout le monde ce que ses tours ont pu représenter au delà d’une vision pessimiste et anticapitaliste du monde, c’est-à-dire quelque chose de beau. En prenant toutes ses données en compte, les dernières secondes du film prennent alors un poids idéologique gigantesque, et Zemeckis se permet alors de rappeler à tout le monde que même sur un film qui parle de – probablement – l’acte le plus futile de l’histoire de l’humanité, il est toujours le cinéaste de l’héroïsme et des grands sentiments. Au fond, ce ne sont que des tours, et ce n’est qu’à nous de les charger de la valeur qu’il nous semble approprié. Car au fond, ce n’est qu’une marche sur un fil, et ce n’est qu’à nous de la charger de la valeur qu’il nous semble approprié.

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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