[GAMING] Le jour où David Bowie a rencontré les jeux vidéo | LE TITRE

[GAMING] Le jour où David Bowie a rencontré les jeux vidéo

Il y’a bien longtemps, à la fin des années 90, alors que Sony domine le marché avec la Playstation, et que la Dreamcast se prépare à lancer la sixième génération de console, l’éditeur Eidos travaille avec un réalisateur Français qui vient de monter son propre studio, Quantic Dream. Ce jeune créateur, c’est David De Gruttola, alias David Cage, plus connu aujourd’hui pour avoir réalisé Fahrenheit, Heavy Rain et Beyond: Two Souls.  A l’époque, il doit faire ses preuves et doit sortir un titre sur PC, ainsi que pour la toute nouvelle console de Sega, la Dreamcast. Ils commencent alors à fabriquer Omikron: The Nomad Soul. Un jeu rempli de concepts originaux: des caméras qui changent de point de vue selon la situation (ce qui est inédit à l’époque), un monde de science fiction très Blade Runner et la possibilité de prendre le contrôle de n’importe quel personnage passant notre âme de corps en corps.

The-Making-Of-Omikron-The-Nomad-Soul

“Il a refusé en proposant simplement de signer un album pour le jeu”


On sait peu de choses sur ce qui a amené David Bowie dans le processus de création. On sait que Quantic Dream l’avait contacté, sans grands espoirs. Il était en fait en tête d’une liste d’artistes que le studio jugeait intéressants pour l’univers du jeu. Mais Eidos appelle finalement Quantic Dream. Un rendez-vous avec David Bowie est fixé dans les bureaux de l’éditeur à Londres. Et David Bowie est effectivement là, avec son fils Duncan Jones, qu’il présente comme son “spécialiste jeu vidéo”. Duncan Jones qui deviendra plus tard réalisateur pour le cinéma, notamment de l’adaptation d’un certain Warcraft. Peu impressionné, n’étant “pas vraiment fan à l’époque”, le créateur français montre fébrilement les premiers dessins préparatoires du jeu à Bowie, lui pitch le concept et le scénario. Cette rencontre censé durer vingt minutes s’étale sur deux heures et demie. Au final, Bowie est emballé, signe, et demande “qu’est-ce vous attendez de moi ?”. Surpris et aux anges, David Cage lui demande juste les droits sur sa chanson “Heroes”, pour l’utiliser dans le jeu, “c’était mon ambition la plus folle” dira Cage. Mais contre toutes attentes, Bowie dit non. “Il a refusé en proposant simplement de signer un album pour le jeu”. David Cage, littéralement sur le cul, rentre à Paris, on peut l’imaginer, le sourire aux lèvres. Bowie va créer un album pour son jeu.

Bowie tiendra sa promesse. Il participera à toute la composition de la bande originale et écrira un album entier pendant ce processus de création pour Quantic Dream: Album connu plus tard sous le nom Hours. Pendant plus d’un an, Bowie fera des apparitions aux studios de Quantic Dream, pour visiter les équipes, assister à la création du jeu. En parallèle, il a douze mois pour composer cet album. Il demande à David Cage de ne pas modifier ses plans pour lui. Qu’il adapterait ses compositions au jeu. Mais son implication va même plus loin, puisque David Bowie est présent dans le jeu. Lorsque l’on va au bar de la ville et que le groupe local, The Dreamers, joue les musiques composées par Bowie pour le jeu, ce dernier apparaît en tant que chanteur. Grâce à la motion capture, technologie balbutiante pour jeu vidéo à l’époque, le leader de The Dreamers devient un alias de plus pour David Bowie. Son visage sert aussi pour le personnage de Boz, un révolutionnaire recherché par la police. Modélisé et utilisé dans le jeu, comme celui de sa femme d’ailleurs, Iman Bowie, dont l’image est utilisée pour l’un des personnages dont on peut prendre le contrôle.

 

Un avant-gardiste, curieux de toutes formes d’art

Que retenir de cette histoire ? David Bowie était, comme on le sait, un artiste créateur, en avance sur son temps, un expérimentateur, un avant-gardiste. Il nous paraît aujourd’hui normal que le visage d’un acteur apparaisse dans un jeu vidéo. Avec toutes les facilités techniques actuelles, l’importance économique du média et sa place dans la culture populaire, on ne s’étonne pas de voir des Kevin Spacey ou des Norman Reedus dans des jeux vidéo. David Cage s’en est fait une spécialité, travaillant avec Willem Dafoe et Ellen Page sur Beyond: Two Souls. Mais en 1999, tout cela était loin d’être une évidence. Qu’un artiste comme David Bowie prenne autant de risques pour un jeu vidéo (industrie qui à l’époque n’avait pas la même image ni le même poids qu’aujourd’hui), qui plus est la première production d’un studio naissant, avec un concept inédit et osé dont il n’a eu que les détails, travailler à la fois sur toute la B.O, composer un album en un an et prêter son image à des personnages…

Définitivement, c’était un pari osé. Et c’est peut-être pour ça qu’il avait choisi de s’y lancer. Comme je le disais, on ne sait pas vraiment ce qui a pu pousser Bowie vers Eidos, Quantic Dream et ce projet en particulier. Mais dans la vidéo disponible un peu plus haut, il explique surtout qu’il porte un grand intérêt à la technologie, aux ordinateurs et à internet (il a été l’un des premiers à mettre ses chansons en ligne dès 1997). Sa volonté a été aussi de donner au jeu vidéo, et à The Nomad Soul en particulier ici le même traitement que le cinéma: avoir ses propres musiques composées pour son univers. Même David Cage ne le sait pas vraiment. Il a déclaré: “J’ai senti chez lui une véritable curiosité, une envie d’explorer d’autres territoires. Ce qui résume bien sa carrière ceci dit. Il était curieux de ce média”. Et si c’était justement l’inconnu ? L’envie d’être un pionnier ? L’envie d’être en avance sur son temps ? Et il a réussi sur tous ces points. Même le jeu vidéo lui doit quelque chose. Et peu d’artistes peuvent se vanter d’avoir eu une influence dans tant de domaines. Et c’est pour cette raison que pleurer l’artiste David Bowie est une évidence aujourd’hui. Il aura laissé son empreinte dans la musique, le cinéma, l’esthétique, et donc même dans le jeu vidéo. Et ce sont autant d’empreintes qui ne s’effaceront jamais, le rendant éternel, quoi que l’on dise.

 

Sources:
http://www.examiner.com/article/quantic-dream-founder-david-cage-talks-working-with-david-bowie-on-nomad-soul
http://www.franceinfo.fr/emission/le-17-20-numerique/2015-2016/david-cage-je-suis-devenu-fan-de-david-bowie-en-travaillant-avec-lui-11-01-2016-17-52
http://www.gameinformer.com/b/news/archive/2016/01/11/david-bowie-talks-history-with-gaming-in-vintage-omikron-interview.aspx?utm_content=buffercd6bf&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

 

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Mewtecia
Rédacteur
23 ans. Étudiant en Master à Lille 3. Bossant beaucoup trop pour devenir game designer. Né avec une manette entre les mains, il a accumulé plus d'heures de jeu dans sa vie que d'heures de sommeil.

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