[LECTURES] « Les morues » de T.Lecoq | LE TITRE

[LECTURES] « Les morues » de T.Lecoq

Résumé:

“C’est l’histoire des Morues, trois filles – Ema, Gabrielle et Alice – et un garçon – Fred –, trentenaires féministes pris dans leurs turpitudes amoureuses et professionnelles. Un livre qui commence par un hommage à Kurt Cobain, continue comme un polar, vous happe comme un thriller de journalisme politique, dévoile les dessous de la privatisation des services publics et s’achève finalement sur le roman de comment on s’aime et on se désire, en France, à l’ère de l’internet. C’est le roman d’une époque, la nôtre.”

L’histoire des Morues se centre principalement sur le personnage d’Ema. On rencontre sa bande d’amis du lycée, et c’est le suicide de Charlotte, sa meilleure amie d’enfance, qui va lancer le récit. Ema n’arrive pas à croire que Charlotte se soit donné la mort, elle va donc mener sa propre enquête, aidée de Fred, et de ses nouvelles “morues” d’amies.

À première vue, le livre ne semble être qu’une histoire de plus sur une bande d’amis, le genre d’oeuvre qui s’appuie seulement sur des clichés exploités des milliers de fois… Mais l’auteure nous surprend très vite, d’une manière plus que positive. Tout d’abord car son écriture est soignée et jolie, sans être prétentieusement pompeuse. Ensuite parce qu’elle mélange les genres: on mène une enquête policière, on parle de politique et de féminisme, et on se questionne sur la société qui nous entoure.

Un peu de politique

La politique est en effet bien présente dans ce bouquin, et plus précisément les enjeux autour de la privatisation des services publics dans le milieu de la culture. Alors évidemment dit comme cela, ça ne donne pas forcément envie de s’y plonger à cor et à cri… Et pourtant ces thèmes complexes sont abordés d’une façon intelligibles, ce qui fait que sans s’y connaître le moins du monde, on comprend tout et on apprend des tas de choses. Le point de vue de l’écrivaine est plutôt limpide, cependant on est à aucun moment dans une vision manichéenne, puisqu’à chaque personnage, son point de vue. De plus Lecoq se base sur des faits inspirés de la réalité pour nous ouvrir les yeux; mais je vous rassure elle n’est ni naïve, ni paranoïaque. Le vrai message, si on doit en voir un, serait en fait de nous encourager à ne pas nous contenter de ce que nous disent les “grands médias”, et d’aller chercher nos informations nous-mêmes. (Le documentaire Les nouveaux chiens de garde nous explique très bien tout cela d’ailleurs).

Un peu de féminisme

Le mot féminisme, fait bien souvent peur, et à moi la première, puisqu’il renvoie plutôt à une démarche agressive, qu’égalitaire, où les femmes voudraient “écraser” la gente masculine. Ici ce n’est pas le cas, le mot retrouve son sens premier, tout du moins, selon moi: à la recherche de l’égalité, contre le sexisme et le machisme.

Lecoq nous fait comprendre que ces combats commencent par le changement de notre conception de soi en tant que femme. Par des petits mots, des façons de faire ou encore des pensés implicites, on se cantonne au rôle de femme que la société nous a donné il y a bien longtemps. Ainsi, dans le livre, Ema et ses amies se lancent dans l’écriture d’une charte féministe, de manière à gommer un peu chaque jour ce rôle de femme forcé.

Les gens dedans

Les personnages sont d’une manière générale, assez stéréotypés: une femme indépendante et libre, qui refuse une relation amoureuse qui l’engagerait à quoique ce soit; une autre, bourgoise, qui est amoureuse d’un homme politique riche, de droite; un homme qui ne pense qu’à sa carrière… Mais tous ont certaines particularités, des petits travers, des secrets inavoués.

Et surtout un personnage masculin sort complètement du lot. Fred. Ce personnage me semble être le plus intéressant de l’histoire, car c’est lui qui nous fait nous interroger sur la société dans laquelle on vit, et sur notre place en son sein.

Fred est un surdoué, il est extrêmement intelligent, et cultivé, il a sauté plusieurs classes durant sa scolarité, a toujours été premier… Il a même eu son bac avec la moyenne la plus haute de France. Seulement, il a dit non au futur qu’on lui avait tracé. Une grande école. Un poste important. Un gros salaire.

Fred est secrétaire, c’est sa décision, et il est très heureux comme ça. Les gens qui l’entourent ne comprennent pas, ont même été déçus parfois. Comme si forcément pour être heureux on devait suivre un certain chemin et pas un autre… Et surtout lorsqu’on est « intelligent ». Ce personnage à lui tout seul, met en lumière les contradictions de notre société: on devrait être libre et indépendant, et pouvoir être capable de choisir notre propre manière d’être heureux, mais il n’en est rien puisque notre vie est régie par des milliers de conventions.

Conclusion

Au début du récit, l’enquête policière et surtout la résolution de celle-ci semble être le but de l’ouvrage. Cependant on se rend compte au fil des pages, que cette enquête n’est qu’un prétexte, l’essentiel réside dans l’évolution des personnages, dans leurs parcours personnels, dans leurs quêtes d’eux-mêmes.

Les morues c’est des petits morceaux de vie de gens. Avec en bonus de vrais questionnements, on se cultive, on sourit aussi, bref une histoire qu’on prend plaisir à se voir raconter.

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Carolineovich
Rédactrice
Notre touche féminine dans ce monde de brutes.
Elle nous parle du monde, et de la société à travers ce qu’elle lit et regarde, avec cette petite touche d’humour assassin qui fait tout son charme.

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