[Films & Series] Much Loved : Où est notre cinéma scandale à nous ? | LE TITRE

[Films & Series] Much Loved : Où est notre cinéma scandale à nous ?

Voilà un film qui aurait fait couler beaucoup  d’encre, si nous écrivions encore avec de l’encre et non sur des pavés numériques. Forcément, un film marocain qui suit une bande de prostituées dans leur vie quotidienne, c’est osé, et ça fait parler. Much Loved suit principalement trois d’entre elles, et assomme le spectateur d’horreurs allant de la simple mais toujours efficace objectivation de la femme à des scènes de violences physiques assez insoutenables. Le film témoigne d’un amour de ses femmes, dans le sens où à aucun moment on ne tombe dans des facilités scénaristiques ; non, tout ce que nous avons à voir, c’est la vie dans sa répétition, avec ses instants de gloire saupoudrés autour de l’affreux quotidien. C’est éprouvant, mais aussi émouvant. Je ne sais pas si c’est un bon film, au final, mais il m’a marqué comme il aura marqué beaucoup d’autres. Et les médias en ont beaucoup parlé, car le simple fait que Much Loved existe est merveilleux, car il montre ce que la majorité préfère taire.

Seulement voilà, dans le discours, je ne peux m’empêcher de remarquer un certain problème. En effet, un tel sujet dans le cinéma marocain, c’est incroyable, c’est révolutionnaire, c’est politique, c’est essentiel. Impossible de nier tout ça à moins d’être, je ne sais pas, totalement con. Mais si le cinéma marocain est capable de cela, que fait le nôtre ? Le numéro de septembre des Cahiers du Cinéma accuse le désert politique du cinéma français, et je pense très sincèrement qu’ils ont absolument raison. Les scénaristes tout droit sortis de la Fémis vous le diront, aucun producteur ne veut d’un film qui parle de politique chez nous, ou d’une série ; on préfère les comédies pleines de bons sentiments ou de racisme aveugle.

Il serait grand temps que plutôt que de célébrer les avancées du cinéma étranger, nous nous demandions pourquoi le nôtre – et je ne parle pas du cinéma très indépendant à la Pascale Ferran, qui par nature est indépendant et donc en partie plus libre de ses sujets, mais au détriment de sa distribution – est au point mort. Et quand un film comme Un Français ose, personne ne le voit (et il s’apprête à avoir un beau succès au festival de Toronto selon mes sources), tout comme La Haine à l’époque. Je terminerai par une pensée : un jour, en cours de cinéma aux USA, un camarade m’a demandé si La Haine avait fait changé les choses, ou du moins bouleversé le pays à sa sortie. Je n’ai pu lui répondre que ceci : personne n’a vu La Haine… et rien n’a changé.

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Renaud J. Besse
Rédacteur
Ecrivain touche à tout au sens large ; films, nouvelles, critiques, pièces de théâtre, musique...
Réalisateur au sein de la Micro-Vague Productions, acteur et coach chant dans la troupe de comédie musicale Les Kids des Etoiles.

Tout ça sonne cool mais sinon pour manger j'enseigne l'anglais !

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