[SCIENCE] DES ASTRONOMES ONT TROUVÉ LA TRACE D’UNE SUPERSTRUCTURE ALIEN (enfin …) | LE TITRE

[SCIENCE] DES ASTRONOMES ONT TROUVÉ LA TRACE D’UNE SUPERSTRUCTURE ALIEN (enfin …)

… Enfin … peut-être … Enfin … …

C’est énervant n’est-ce-pas ? D’avoir cliqué sur un lien en croyant qu’on allait encore vous raconter la belle histoire de KIC 8462852 ? Des astronomes, une étoile lointaine, une superstructure extra-terrestre, la promesse des vaisseaux spatiaux, du voyage intersidéral, de planètes étranges et de civilisations radicalement plus avancées que la nôtre. Seulement voilà, le problème c’est que l’on n’en sait rien du tout. Mais comme à son habitude, la presse s’est dépêchée de titrer « tapageur » afin de récolter des clics qu’elle n’aura pas oublié de monétiser. Ne niez pas la manœuvre, elle a marché, la preuve : vous êtes ici ! Allons, récapitulons l’histoire depuis le début pour ceux du fond qui n’ont pas suivi !

De la collecte d’images aux exoplanètes

Kepler fait partie des grandes missions mises en avant par la NASA ces dernières années. Lancé en 2009, le télescope spatial du même nom a pour but de détecter un maximum d’exoplanètes. C’est à dire de planètes situées en orbite autour d’autres étoiles que le soleil. Braqué sur une région spécifique du ciel, il mesure le flux lumineux de plus de 150 000 étoiles en permanence. De quoi faire son marché, pour peu que l’on sache retrouver la signature d’une exoplanète à partir de mesures de la luminosité d’une étoile. La méthode employée par les scientifiques utilisant les données de Kepler est appelée méthode des transits. L’idée est simple : prenez la Terre, une étoile, et une planète orbitant autour de cette étoile. L’orbite de la planète se place sur un plan que l’on appelle l’écliptique. Si par chance, la Terre se trouve aussi sur ce plan, alors, régulièrement, la Terre la planète et l’étoile sont alignées. La planète cache donc une partie de l’étoile aux observateurs sur Terre. Ainsi, en analysant la luminosité de l’étoile, on peut chercher des baisses régulières de luminosité qui pourraient indiquer la présence d’exoplanètes.

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Méthode des transits. Source : Wikipedia

Bien sûr, observer en permanence 150 000 étoiles n’est pas de tout repos et c’est pour ça que les équipes de scientifiques travaillant sur les données de Kepler ont bénéficié des dernières méthodes de Crowd-Sourcing. L’avènement du Crowd-Sourcing en Science est ce qu’on appelle désormais chez les Anglo-Saxons la Citizen Science. La science citoyenne, parce que le citoyen participe à l’activité de recherche, en aidant sur les tâches trop nombreuses pour être faites par les scientifiques, mais requérant une analyse humaine qu’un programme ou un algorithme ne pourrait pas fournir.

Les exemples extrêmement réussis de citizen-science se multiplient ces dernières années et on ne peut que s’étonner que le principe n’ait pas été exploité plus tôt. Il permet en effet d’impliquer le public dans l’activité de recherche et de remettre cette dernière dans les mains et à la portée de la société. On peut noter comme projets réussis de citizen-science le jeu-vidéo Foldit[1], puzzle game de « repliement de protéines ». Le but du jeu est de minimiser l’énergie d’une protéine en la repliant en trois dimensions. Les structures tri-dimensionnelles de certaines protéines sont tellement complexes que certaines équipes de recherche n’ont jamais réussi à trouver leur forme optimale. Ainsi, en présentant le problème sous forme de jeu et en laissant le public se battre pour la première place au classement, certaines protéines intéressant réellement des chercheurs ont trouvé une configuration optimale grâce aux joueurs !

Un autre excellent exemple de citizen-science : le meta-projet Zooniverse[2] regroupant multiples sous-projets allant de l’identification de baleines à la classification de galaxies en passant par … les exoplanètes. C’est en effet grâce à l’un de ces sous-projets : Planet Hunter[3] , que KIC 8464852, le fameux système solaire alien, a été découvert.

 

KIC 8464852 … Comme ça se prononce.

Pourquoi parle-t-on de ce système et pourquoi l’associe-t-on aux extra-terrestres ? Une première analyse des émissions lumineuses de KIC[4] indique que l’étoile n’est pas seule, elle dispose d’un compagnon : c’est un système binaire, les potentielles planètes qui y siègent orbitent autour de deux étoiles très proches. Par ailleurs, Kepler fournit aussi une courbe indiquant l’évolution du flux lumineux de l’étoile en fonction du temps. C’est cette courbe qui aura suscité une grande animation de par ses anomalies. En guise de comparaison, la figure ci-dessous présente la courbe de luminosité observée pour la fameuse Kepler-452b[5] dont nous avons beaucoup entendu parler cette année car il s’agirait d’une exoplanète d’une taille semblable à celle de la Terre et qui orbiterait dans une zone autour de son étoile compatible avec la vie. Cette courbe représente la variation du flux de lumière en provenance de l’étoile en fonction du temps, en jours. Si la courbe diminue, c’est que quelque chose se trouve entre l’étoile et la Terre. Bien sûr les variations sont tellement faibles qu’il est extrêmement difficile de les repérer à l’œil nu sur la courbe …

   Kepler452b

Le flux lumineux enregistré sur une étoile « standard » avec une exoplanète « standard »

… sauf que pour KIC[6] la variation détectée sort complètement des sentiers battus comme le montre la figure suivante. L’étoile perd jusqu’à 20% de sa luminosité au cours de deux événements distincts séparés de 750 jours et durent environ 5 jours à chaque occurrence. Le premier événement se produit environ 800 jours après le début des observations. Or, si le signal provenait d’une quelconque planète, il serait régulier. Pourtant, aucun événement ne se produit dans les 100 premiers jours. Un événement que l’on attendrait si cette baisse de lumière était effectivement périodique et régulière. Voilà donc un premier indice que ces deux événements ne sont pas le signal d’une planète. Ajoutez le fait que les deux pics n’ont pas la même intensité et le tableau est enfin complet : une étoile autour de laquelle orbite visiblement quelque chose de bien mystérieux qui est capable d’atténuer sa lumière de façon drastique et irrégulière.

KIC

Deux pertes brutales de luminosité dans l’activité de l’étoile.

Pourtant, il n’est pas complètement impossible que ces événements soient réguliers. Tous les scénarios proposés requièrent une certaine forme de répétition et de périodicité. Ainsi, les deux événements principaux, D800 et D1500 en raison de leur date d’apparition pourraient bien se répéter 700 jours plus tard … Soit tous les deux ans ! Les astronomes espèrent ainsi capter une nouvelle chute brutale de luminosité autour d’avril 2015 (la mission de relevés de Kepler s’est arrêtée avant cette date) ainsi que mai 2017. Pour expliquer D800 et D1500, l’équipe présente pas moins de neuf scénarios différents égrenant les théories connues et déjà observées précédemment. Suivons un peu le déroulé de l’article de KIC et voyons ce que l’équipe nous propose :

1-Une erreur de mesure

Bien évidemment, la première chose à faire lorsqu’on est face à des données surprenantes, c’est  de vérifier que cela ne vient pas d’une erreur. Qu’elle soit systématique (erreur de calibration/mesure) ou qu’il s’agisse d’une erreur d’interprétation. Les physiciens ont encore en mémoire es résultats spectaculaires de l’expérience OPERA en 2011. Lors de cette expérience, les physiciens avaient détecté des particules se déplaçant plus vite que la lumière dans le vide … ce qui est en désaccord avec le paradigme actuel de la physique. Dans ce genre de situations, il n’y a  que deux explications possibles : soit on se trouve en dehors des modèles connus (ce qui est tout de même possible) et auquel cas cette découverte est été tout bonnement exceptionnelle; soit il y a une erreur quelque part. Il faut être d’autant plus soucieux de la rigueur apportée à l’expérience que les résultats peuvent être spectaculaires et interprétés à grands coups de poncifs par la presse … Qu’il s’agisse de petits bonshommes verts, comme de renvoyer Einstein dans les cordes.

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Tintin victime d’une erreur de mesure. Source.

Heureusement, ici, la checklist des erreurs potentielles est validée : les variations sont présentes dans un autre jeu de données. Pas de rayons cosmiques traînant par là au moment de la détection qui auraient pu fausser la capture. Aucun « bug » de captation. La variation de luminosité n’est pas présente chez les étoiles voisines. Aucune vilaine réflexion dans le capteur. OUF ! Conclusion : la source de ces pics est belle et bien d’origine astrophysique ! Voilà qui devient excitant !

2-Variabilité intrinsèque

Alors si ce n’est pas une erreur de mesure, la première explication qui vient en tête, c’est probablement le fait que l’étoile varie d’elle-même irrégulièrement. C’est quelque chose d’assez courant. Tellement courant, que les auteurs de l’article détaillent trois scénarios possibles, déjà observés dans d’autres conditions. Tout d’abord, l’étoile KIC pourrait être semblable aux étoiles « UX-Orionis ». Ces étoiles très jeunes varient en intensité lumineuse de manière sporadique. Ces variations sont généralement liées à la présence d’un disque d’accrétion : de la matière s’agglutinant par gravité autour de l’étoile et l’occultant en partie. Malheureusement, un tel disque, du fait de la compression et des mouvements turbulents, s’échauffe et tend à projeter une emprunte bien reconnaissable dans l’infra-rouge. Seulement, aucune émission infra-rouge particulière n’est captée autour de l’étoile ! Points bonus : l’étoile n’est pas assez jeune pour rentrer dans les limites des modèles connus pour UX-Orionis.

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Allez quoi, on parle d’Aliens, je ne pouvais pas ne pas caser un Predator dans une section qui mentionne des observations en infra-rouge. Source.

« R-Coronae Borealis » (RCB) désigne une autre catégorie d’étoiles variables. Ces étoiles ont des épisodes lors desquels elles vont former des nuages opaques à leur surface, qui vont diminuer leur intensité lumineuse. Cependant, ces occultations durent généralement de plusieurs semaines à plusieurs mois, ce qui n’est pas en accord avec nos pertes brutales de lumière qui sont, elles, de l’ordre de quelques jours. Enfin il faut noter que la perte de luminosité suit un accroissement qui n’est pas le même entre les RCB et notre étoile. Damn, encore un scénario à la poubelle.

Passé ces deux scénarios, il ne reste plus qu’un seul type d’étoiles connues qui pourraient présenter des pertes brutales de luminosité semblables à celles de KIC : les « Be-Stars ». Celles-ci regroupent des étoiles parmi les plus brillantes et les plus chaudes connues et présentent un point particulier : elles sont en très forte rotation différentielle. Figurez-vous l’étoile comme une énorme boule de gaz en rotation. Lorsque la rotation n’est pas la même aux pôles et à l’équateur, l’étoile « se tord » et si la différence est trop importante, l’étoile peut se « rompre ». Les Be-Stars sont à la limite de la rupture et présentent donc une rotation différentielle très forte. Cette rotation provoque l’aplatissement de l’étoile qui prend la forme d’un ballon écrasé. Cette rotation engendre aussi l’éjection de matière sous la forme d’un disque, qui comme précédemment, devrait présenter une forte signature infra-rouge qui reste indétectable.

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Vue d’artiste d’une Be-star. Source : Wikipedia

3-Variabilité extrinsèque

Les trois scénarios de variabilité basés sur les propriétés de l’étoile sont malheureusement mis en défaut par l’âge de l’étoile et l’absence d’émissions infra-rouges. Il reste encore deux possibilités : soit la variabilité de la luminosité provient de l’autre étoile du système, soit la variabilité provient d’un objet (ou de plusieurs objets) présents dans le système. La première piste  est malheureusement à écarter. Les mesures des flux de luminosité de l’étoile compagnon montrent que son influence est si minime qu’elle en est négligeable. Les variations dans le flux lumineux de KIC ne peuvent pas être expliquées par son compagnon. Ces événements sont donc potentiellement causés par un objet orbitant dans le système et occultant la lumière de l’étoile.

4-Occultation

Parmi les hypothèses encore en lice, la plus probable reste la présence d’un nuage de poussière en orbite dans le système, occultant occasionnellement la lumière de l’étoile. Nous savons déjà que ce nuage ne peut pas avoir la forme d’un disque de matière uniforme autour de l’étoile, puisque cela entraînerait quasi-nécessairement des émissions infra-rouges que l’on devrait détecter. Ces disques de matières sont, jusqu’à preuve du contraire, l’origine des planètes. En se compressant et sous l’effet de la rotation et de la gravité, ces nuages se transforment pour devenir les objets stellaires que l’on a l’habitude de côtoyer : planètes, astéroïdes, comètes. L’absence de disque identifiable par infra-rouge n’indique pas forcément qu’un tel disque n’a jamais existé. Il se peut très bien qu’il se soit déjà condensé en corps célestes et que le gaz s’est dissipé depuis. Dans ce cas l’origine d’un nuage peut provenir d’impacts entre différents objets du système. Ainsi donc, on identifie trois nouveaux scénarios possibles.

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La nébuleuse du Serpent, un excellent exemple de nuage de poussière absorbant la lumière, occultant complètement ce qui se trouve derrière. Attention cependant, ce n’est pas ce genre de nuage qui est responsable des occultations de KIC. Source : Wikipedia.

Le premier de ces scénarios, c’est la possibilité de collisions multiples dans une potentielle ceinture d’astéroïdes du système. De telles collisions permettraient de générer de nombreux et grands nuages de poussière. Malheureusement, la présence d’une telle ceinture pourrait être confirmée par une signature infra-rouge … une fois de plus.

La seconde hypothèse, c’est que la formation du nuage de poussière proviendrait d’un impact entre deux planètes. Un tel impact produirait un immense nuage de poussières et de débris qui grandirait au fil du temps. Une collision de ce genre serait à l’origine d’une émission phénoménale d’infra-rouges, mais se dissiperait après quelques temps. Ainsi donc, pour la première fois depuis le début de l’étude, l’absence de signature infra-rouge ne discréditerait pas complètement le scénario. Dans ce cas, cela signifierait simplement que l’on a raté le moment de la collision. Mais ce scénario est loin d’être évident. Il faut bien comprendre que le satellite Kepler fournit uniquement les courbes de luminosité. L’étude, elle, se base sur tout un tas de quantités annexes, comme par exemple l’imagerie infra-rouge. Ce type de relevé n’est pas nécessairement effectué en même temps que la courbe lumineuse. Soit, par chance, un autre programme a déjà effectué ces mesures, soit il faut les programmer après. Ainsi, le relevé infra-rouge du système a été mesuré autour du 500e jour de la campagne d’observation de Kepler. Si aucune trace d’infra-rouge n’apparait sur le spectre à ce moment-là, cela signifie alors que la collision a dû avoir lieu après. La collision a donc eu lieu dans une fenêtre de 300 jours entre le 500e et D800 : C’est-à-dire grosso-modo un an. Il est aisé de comprendre pourquoi ce scénario met mal à l’aise les scientifiques : qu’un tel événement se produise au moment où on l’espère n’est pas impossible, mais totalement extrêmement rare. Soyons clairs, les quantités de données et de situations en astrophysique sont tellement faramineuses qu’un tel événement pourrait tout de même être possible. Pour confirmer ce scénario, l’équipe se propose de vérifier si les chutes de luminosité se reproduisent régulièrement (notamment en 2017), si c’est le cas, ce scénario pourrait bien être validé, malgré son improbabilité !

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Dit comme ça, ça a l’air de générer de l’infra-rouge … Source

Mais alors, si la probabilité qu’un événement se passe dans une fenêtre de temps aussi courte est si faible, peut-on imaginer un nuage de poussière, à peu près identique mais « vivant plus longtemps », et pour lequel une collision massive n’est pas requise ? L’équipe propose en guise de huitième scénario, la présence de planétoïdes, mais cette fois-ci entourés de nuages de satellites. Pour faire simple, imaginez une planète autour de laquelle gravite un nuage d’astéroïdes. Ce scénario, déjà employé pour expliquer le comportement de l’étoile Fomalhaut-B permettrait de faire durer les nuages de poussières plus longtemps. Les astéroïdes, en gravitant autour du planétoïde, se heurtent et par de petites collisions génèrent ces nuages de poussières, dont la densité varie au fil du temps, et qui permettraient ainsi d’expliquer D800 et D1500. Mais ce scénario est une fois de plus insuffisant. Expliquer les deux événements nécessiterait plusieurs planétoïdes se comportant ainsi. Cela pose un problème, d’une part car avoir deux planétoïdes de cette sorte orbitant sur un plan aligné avec la Terre implique que d’autres planétoïdes, identiques en propriétés, se promènent autour de l’étoile. Multiplier les planétoïdes et objets pour expliquer le phénomène est une mauvaise idée, tout particulièrement lorsque les prérequis sont si peu probables D’autre part, pour disposer d’autant d’astéroïdes de petite taille, il faudrait un champ de débris (résultat d’une précédente collision par exemple), et que ce dernier générerait l’honni infra-rouge indétectable jusqu’à présent.

5-Le scénario de la dernière chance …

Et nous y voilà … Le scénario que vous attendiez tous … le dernier : la nuée de comètes. Pardon ? Les Aliens ? Ah désolé, il n’y a aucune mention aux extra-terrestres ni à une quelconque mégastructure dans l’article scientifique, désolé. Cette dernière explication, celle qui est retenue par l’équipe en charge des observations comme la plus probable est basée sur une nuée de comètes. Jusqu’à présent, j’ai tu une des hypothèses fondamentales à cette analyse. Les précédents scénarios sont basés sur l’idée que l’objet occultant l’étoile orbite sur une trajectoire circulaire … Mais il se pourrait très bien que cette trajectoire soit elliptique. Cela implique que l’objet se soit donc formé bien plus loin de l’étoile. L’explication suivante consiste donc à dire que les baisses de luminosité pourraient être issues d’une comète s’étant fragmentée en morceaux.

Utiliser une orbite excentrique comme celle envisagée dans ce scénario permet d’expliquer l’irrégularité des chutes de luminosité. Le nuage de fragments, quant à lui, va s’étendre et les morceaux vont devenir de plus en plus petits et nombreux. Cela pourrait expliquer une plus grande occultation lors du second événement. Si ce scénario est tentant, c’est que les comètes sont très généralement placées sur des orbites excentriques, et peuvent facilement se fragmenter en passant trop près d’une étoile.

Pondérons tout de même, il est supposé que l’on puisse détecter la signature des queues de la comète lors d’un transit, ce qui n’est pas retrouvé sur la courbe de luminosité pour l’événement D800. Bien sûr, si on peut émettre des suppositions pour une comète, on ne peut pas nécessairement les généraliser à une « famille de comètes » ou une comète fragmentée. Le scénario reste donc le plus plausible pour expliquer les fortes baisses de luminosité de KIC.

Mais … mais …

J’entends bien ! Mais où sont les aliens ? Les bastons spatiales ? Les croiseurs intergalactiques et autres trous de vers ? Et bien … Il n’y a absolument aucune mention à ce scénario dans l’article. La suite de l’histoire, il faut aller la chercher sur le blog de Jason Wright[7] qui relate en détail l’histoire humaine.

A l’origine de cette publication scientifique sur KIC 8464852, il y a Tabetha « Tabby » Boyajian, première auteur de l’article. En 2014, elle présente ses travaux sur le système étrange au Centre pour les Exoplanètes et les Mondes Habitables à l’université de Penn aux États-Unis (Center for Exoplanets and Habitable Worlds). Jason Wright, présent à ce moment, engage avec Tabby Boyajian une discussion sur l’impossible : et s’il s’agissait d’une méga structure extra-terrestre ? Ce n’est pas par hasard qu’il en vient à parler de ce sujet avec Boyajian. D’une part, cette dernière demande explicitement à Jason Wright s’il peut expliquer autrement ces baisses de luminosité. D’autre part, Jason Wright lui-même planche à ce moment sur un projet visant à déterminer si oui ou non, Kepler serait capable de détecter des superstructures aliens[8].

Mais Jason Wright prend ses précautions et rappelle, au lecteur non-averti, sa philosophie au sujet de SETI : « […] you should always reserve the alien hypothesis as a last resort » : il faut toujours garder l’hypothèse des aliens en dernier recours. Bien évidemment, Jason Wright, et à peu près n’importe qui dans la communauté scientifique serait exalté de voir enfin des preuves de présence extra-terrestre, mais cette hypothèse ne doit être utilisée qu’en dernier recours lorsque toutes les autres hypothèses ont échoué, ou que l’on a une preuve définitive qu’il ne s’agit pas d’autre chose.

Ainsi, Jason Wright contacte son homologue du projet SETI Andrew Siemion qui, dubitatif au départ, se laisse aisément convaincre que KIC 8464852 est une étoile intéressante qui pourrait se révéler une cible de premier choix pour les radiotélescopes de SETI. Et c’est là que les choses s’emballent. Siemion au cours d’un témoignage au congrès américain croise Ross Andersen, journaliste à The Atlantic et lui parle de l’étoile mystérieuse. Ce dernier s’entretient donc pour le journal avec Siemion et Wright et publie le premier article de presse généraliste sur le sujet, sobrement intitulé « La plus mystérieuse des étoiles de notre galaxie »[9]. Wright, à ce point de son article de blog regrette la réaction prévisible des tabloïds Britanniques. Réaction emballée, démesurée et dérivant crescendo vers la pseudoscience. Bien évidemment, la faute n’est pas non plus à mettre entièrement sur la presse. Un membre éminent de la communauté des exoplanètes  comme Wright aurait dû prévoir la réaction disproportionnée qui allait faire écho à la possibilité d’une détection de signal extra-terrestre.

Sensationnalisme et Science

Les rapports entre journalisme et sciences ont toujours été très compliqués. D’une part, parce que beaucoup de scientifiques refusent de se prêter au jeu de la vulgarisation pour expliquer les concepts complexes qu’ils manipulent au jour le jour. D’autre part, parce que la presse ne table plus que sur les titres sensationnels et ignore allègrement la beauté (ou plus simplement l’intérêt) des centaines de résultats ordinaires sur lesquels sont bâties les grandes découvertes. D’un autre côté, certains scientifiques profitent allègrement de la publicité facile faite par la presse, permettant de dégoter des fonds pour continuer leur recherche. Ce n’est malheureusement pas une nouveauté que le journalisme sensationnaliste affecte aussi les sciences. Chaque année on nous annonce l’arrivée d’un nouveau projet fabuleux, si possible porté par un jeune de moins de vingt ans. Nouveaux moyens de propulsions, nouvelles énergies, nouveaux systèmes écologiques. La presse nous a promis des océans propres, un frein au réchauffement climatique, le voyage interstellaire, la fin des OGM mercantiles. Mais où sont toutes ces avancées ?

Le souci dans tout cela, c’est qu’inconsciemment pour le public, la Science est devenue un produit de consommation comme un autre. Il nous faut des avancées spectaculaires et rien d’autre. Mais est-ce si décevant si KIC 8464852 n’héberge aucun alien ? Aucune civilisation avancée ? Ni même la moindre petite bactérie ? Est-ce si décevant d’assister à un scénario pour lequel les équipes scientifiques n’ont aucune réponse définitive, augurant peut-être une nouvelle découverte et par là même, le franchissement d’une nouvelle limite de notre connaissance ? Combien parmi ceux qui me lisent savaient qu’une étoile qui tourne trop vite s’écrasait comme une citrouille ? Ce genre de résultat est déjà bien assez spectaculaire en soi pour qu’on se demande pourquoi il est complètement absent de la presse généraliste. Il est symptomatique de voir que les journaux n’ont pas été beaucoup plus loin que relayer les propos de Jason Wright, et quelques phrases évasives de Tabby Boyajian sans jamais faire le lien avec l’article d’origine ni son contenu. Il est même effarant de penser que le premier auteur d’un travail scientifique ne soit pas le premier interlocuteur avec la presse. Que celle-ci se détourne des véritables acteurs de la découverte pour se pencher vers un interlocuteur qui nous délivrera à coup sûr une réponse « qui vend ». [10]

La presse a une position extrêmement puissante vis-à-vis de la science. Elle a le pouvoir de faire rêver. Inspirer le public à s’intéresser à la Science, voire inspirer des vocations. Mais ce souffle ne doit pas passer par la déformation à outrance, il doit passer par cet amour de la curiosité, de l’inconnu et des limites de la connaissance. Il doit reposer sur notre incapacité à nous satisfaire de réponses toutes faites. Il doit puiser dans cette volonté de repousser les barrières, petit à petit, découverte après découverte. Richard Feynmann déplorait que l’on ne s’intéresse pas plus aux couleurs des ailes de papillons.  Intéressons-nous un peu plus aux résultats banals, aux découvertes qui semblent anodines et à la Science de tous les jours avant de tirer par les cheveux l’hypothèse si peu plausible qu’elle a été omise d’un article scientifique, pour en faire une nouvelle fallacieuse et monétiser des clics. Si l’hypothèse d’une mégastructure extra-terrestre est validée, il s’agira très probablement d’une des plus grande découverte (pour ne pas dire LA plus grande découverte) du XXIe siècle. Si ce n’est pas le cas, réjouissons-nous d’avoir atteint une nouvelle fois les limites de la connaissance et de chercher à les repousser.

 

 

Merci aux relecteurs Pierre Albert, Mathéa Boudinet et David Merlin

 

[1]-https://fold.it/portal/

[2]-https://www.zooniverse.org/

[3]-http://www.planethunters.org/

[4]-Dans la suite de l’article, j’appellerai l’étoile KIC afin de ne pas avoir à recopier son identifiant à chaque fois. Cependant, notez bien qu’en réalité KIC est le nom du catalogue d’objets observés par Kepler : Kepler Input Catalogue

[5]-http://arxiv.org/pdf/1507.06723v1.pdf

[6]-http://arxiv.org/pdf/1509.03622v1.pdf

[7]-https://sites.psu.edu/astrowright/2015/10/15/kic-8462852wheres-the-flux/

[8]-Du fait de l’attention médiatique reçue par l’article original, Jason Wright a donc publié en avance le draft de son article sur les mégastructures sur le site Arxiv. http://arxiv.org/abs/1510.04606

[9]-http://www.theatlantic.com/science/archive/2015/10/the-most-interesting-star-in-our-galaxy/410023/

[10]-Cette critique ne s’adresse en aucun cas à la qualité ou à l’intégrité du travail de Jason Wright. Lui-même déplore la réaction médiatique et la couverture de l’affaire.

Maxime Delorme
Informaticien, aspirant astrophysicien, promoteur de vulgarisation scientifique et mélomane, je travaille dans une université Anglaise aux côtés d'astrophysiciens sur la formation des galaxies et des amas stellaires. Le reste du temps, j'aide à l'organisation des soirées Physique pour Pint of Science Paris, un festival de vulgarisation scientifique où l'on boit des bières en écoutant des chercheurs parler de Sciences.

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